‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Saintfoix, Gresset, et BretChapitre 2 sur 144 · LA FÉE, ALCINDOR · texte numérisé non relu

LA FÉE, ALCINDOR

LA FÉE

En vérité , mon Hls , vous êtes bien insupportable!

ALCISDOR.

Mais, ma mère...

Là FÉE.

Mais, mon tils, d'où venez-vous?

ALCI >DOR.

D'admirer tout ce que la nature a jamais Formé de plus beau.

LA FÉE

De voir Lucinde?

ALCINDOR

Assoupie par la chaleur du jour, elle dormoiî sur un lit de roses.

L A FÉE

Vous a-t-elle vu ?

ALCll^DOR.

Eh! madame, je vous dis qu'elle dormoit. Un de ses beaux bras étoit passé sous sa tête; l'autre étendu du côté où j'étois sembloit chercher des fleurs qui naissent autour d'elle; quelque songe agréable l'agitoit, et peignoit son teint de couleurs vives et mêlées. Dans mon ravissement, il sembloit à mon cœur que mes yeux étoient trop lents à lui porter tout le plaisir qu'ils goûtoient : je n'ai pas été le maître de mon transport...

LA FÉE

Mon fils !

ALCINDOR

J'ai pris une de ses belles mains, que j'ai baisée avec une ardeur... Mais à un mouvement qu'elle a fait, croyant qu'elle s'éveilloit, je me suis vite retiré sans qu'elle m'ait aperçu. Madame, il est inutile que vous me commandiez de différer encore quelque temps à me présenter devant elle ; je ne pourrai vous obéir. Je l'aime, je l'adore ; je veux la voir, le lui dire, m'en faire aimer, ou mourir à ses pieds.

LA FÉE

Mon art est bien puissant; je suis la Fée Sou-, veraine; je puis en un instant bâtir des palais, exciter des tempêtes, et changer un lieu charmant en un désert affreux: mais je vois cju'il est

Page 1