ACTE II, J»CÈNb 111. 8i
J'aime l'ordre, et je ^arde une collection De lettres dout je \mis taire une cdition. Vous ue \UDS doutiez pas qu'on pût avoir Lesbie; Vous \ errez de sa prose, il lue \ienl une en\ie Qui peut uou» rejouir dans ces lieux écartes, Kt désoler la-bas bien des sociétés; Je suis tente, parbleu, d'écrire mes uiémoires: J'ai des traits iuer\ciileux, mille bonnes histoires Qu'on veut cacher. .
FLORISK.
Cela sera délicieux.
CLÉON
J'y ferai des pcrtr.iits qui sauteront aux yeux.
Il m'en \ienl déjà \uigl qui retiennent des places :
Vous y verrez Melite avc«- toutes ses grâces;
Kt ce que j en dirai lem[>erera laniour
Ite nos petits messieurs qui rinlent alentour.
Sur l'aigre (Reliante et la faile Lninie
Je compte bien aussi passer ma fantaisie.
l'our le |M-tit Damis, et monsieur Dorilas,
£t certaiu plat seigneur, l'automate Alcidas,
Qui , glorieux et lias , se croit un personnage ;
Tant d'autres importants, esprits du même ëta^^e;
Oh ! fiez-vous a moi, je veux les célébrer
Si bien que de six mois ils n'osent se montrer.
Ce n'est pas sur leurs mœurs que je veux qu'on en cause;
Un vice , un deshonneur, font assez peu de chose ,
Tout cela dans le monde est oublié bientôt :
l'n ridicule reste , et c'est ce qu il leur faut.
Qu'eu dites-vous? cela peut faire un bruit du diable,
Une brochure unique, un ouvrage admirable, Bien scandaleux, bien bon : le style n'y fait rien; Pourvu qu'il soit méchant, il sera toujours bien.
FLORISE
L'idée est excellente, et la vengeance est sûre. Je vous prierai d'y joindre avec quelque aventure Une madame Orphise, à qui j'en dois d'ailleurs, Et qui mérite bien quelques bonnes noirceurs : Quoiqu'elle soit affreuse, elle se croit jolie, Et de l'humilier j'ai la plus grande envie : Je voudrois que déjà votre ouvrage fût fait.
C L É ON
On peut toujours à compte envoyer son portrait, Et dans trois jours d'ici désespérer la belle.
FLORISE
Et comment?
CLÉON
Ou peut faire une chanson sur elle :
Cela vaut mieux qu'un livre, et court tout l'univers.
FLORISE
Oui, c'est très bien pensé; mais faites-vous des vers?
CLÉOX.
Qui n'en fait pas? Est-il si mince coterie
Qui n ait son bel esprit, son plaisant, son génie,
Petits auteurs honteux, qui fout, malgré les gens,
Des bouquets, des chansons, et des vers innocents?
Oh ! pour quelques couplets, fiez-vous à ma muse :
Si votre Orphise eu meurt, vous plaire est mon excuse;
Tout ce qui vit n'est fait que pour nous réjouir,
ACTK M, SCtNE III 83
Kt se moquer du monde est tout l'.irl d'en jouir. Ma foi, quami j«' p. inours tout re «jui le conqH)Sc, / J(* ne trou%e que nou.s qui valions quelque chose.
SCflNE IV.
FKONTIN, KLORISE, CLÉON.
FROMTIN, un fieu éloitjné.
Moo&itur, je voudroL» bien...
CLÉON
{à Florise.) •Attends. . . Pennettez-vons ?.
PLORISB.
Veut-il vous {xirlcr seul?
f RONTIN.
Mais, madame...
FLORISE
Entre iiuua Entière lil»erté. Fronliu est impayable; il > ous sert bien : je l'aime.
CLEO M, à Florise ffui sort.
Il est assez bon diable, L'n peu béte...