SCÈNE Vfl
VALERE, en habit de campagne; CLÉON.
VALÈRE, embrassant Cléon.
Eh ! bonjour , cher Cléon ! je suis comblé, ravi De retrouver enfin mon plus fidèle ami. Je suis au désespoir des soins dont vous accable Ce mariage affreux : vous êtes adorable ! Comment recounoîtrai-je?...
CLÉON
Ah! point de compliments- Quand on peut être utile, et qu'on aime les gens. On est payé d'avance... Kh bien, quelles nouvelles A Paris?
VALÈRE
Oh ! cent mille, et toutes des plus belles : Paris est ravissant , et je crois que jamais Les plaisirs n'ont été si nombreux , si parfaits, Les talents plus féconds, les esprits plus aiiBables; Le goût fait chaque jour des progrès incroyables; Chaque jour le génie et la diversité Viennent nous enrichir de quelque nouveauté.
Tout vous paroît charmant, c'est le sort de votre âge :
Quelqu'un pourtant m'écrit, et j'en crois sou suffrage,
Que de tout ce qu'on voit on est fort ennuyé;
Que les arts, les plaisirs, les esprits, font pitié;
Qu'il ne nous reste plus que des superficies.
Des pointes, du jargon, de tristes facéties;
Et qu'à force d'esprit et de petits talents
Dans peu nous pourrions bien n'avoir plus de bon sens.
Coimnent ! vous qui voyez si bien les ridicules ,
Ne m'en dites-vous rien? Tenez-vous aux scrupules,
Toujours bon, toujours dupe?
VALÈRE
oh! non , en vérité; Mais c'est qus je vois tout assez du bon côté : Tout est colifichet, pompon, et parodie ; Le monde, comme il est , me plaît à la folie. Les belles tous les jours vous trompent, on leur rend ; On se prend, ou se quitte assez publiquement : Les maris savent vivre , et sur rien ne contestent: Les hommes s'aiment tous; les femmes se détestent Mieux que jamais : enfin c'est un monde charmant;