‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Saintfoix, Gresset, et BretChapitre 40 sur 144 · SCÈNE Vfl · texte numérisé non relu

SCÈNE Vfl

VALERE, en habit de campagne; CLÉON.

VALÈRE, embrassant Cléon.

Eh ! bonjour , cher Cléon ! je suis comblé, ravi De retrouver enfin mon plus fidèle ami. Je suis au désespoir des soins dont vous accable Ce mariage affreux : vous êtes adorable ! Comment recounoîtrai-je?...

CLÉON

Ah! point de compliments- Quand on peut être utile, et qu'on aime les gens. On est payé d'avance... Kh bien, quelles nouvelles A Paris?

VALÈRE

Oh ! cent mille, et toutes des plus belles : Paris est ravissant , et je crois que jamais Les plaisirs n'ont été si nombreux , si parfaits, Les talents plus féconds, les esprits plus aiiBables; Le goût fait chaque jour des progrès incroyables; Chaque jour le génie et la diversité Viennent nous enrichir de quelque nouveauté.

Tout vous paroît charmant, c'est le sort de votre âge :

Quelqu'un pourtant m'écrit, et j'en crois sou suffrage,

Que de tout ce qu'on voit on est fort ennuyé;

Que les arts, les plaisirs, les esprits, font pitié;

Qu'il ne nous reste plus que des superficies.

Des pointes, du jargon, de tristes facéties;

Et qu'à force d'esprit et de petits talents

Dans peu nous pourrions bien n'avoir plus de bon sens.

Coimnent ! vous qui voyez si bien les ridicules ,

Ne m'en dites-vous rien? Tenez-vous aux scrupules,

Toujours bon, toujours dupe?

VALÈRE

oh! non , en vérité; Mais c'est qus je vois tout assez du bon côté : Tout est colifichet, pompon, et parodie ; Le monde, comme il est , me plaît à la folie. Les belles tous les jours vous trompent, on leur rend ; On se prend, ou se quitte assez publiquement : Les maris savent vivre , et sur rien ne contestent: Les hommes s'aiment tous; les femmes se détestent Mieux que jamais : enfin c'est un monde charmant;

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