ACTE il, SCÈNE VI ï
Et Paris s'embellit délicieusement.
EtCidalise?...
VALÈRE
Mais...
c'est une affaire faite?
Sans doute vous l'avez?... Quoi ! la chose est secrète?
VALÈRE
Mais cela fût-il vrai, le dirois-je?
CLÉON
Pai-tout; Et ne point l'annoncer, c'est mal servir son goût.
VALÈRE
Je m'en détacherois, si je la croyois telle. J'ai , je vous l'avouerai , beaucoup de goût p>our elle ; Et pour l'aimer toujours, si je m'en fais aimer , J'observe ce qui peut me la faire estimer.
clÉon, axf€C un grand éclat de rire.
Feu Céladon, je crois, vous a légué son ame : Il faudroit des six mob pour aimer une femme Selon vous; on perdroit sou temps , la nouveauté, Et le plaisir de faire une infidélité.
Laissez la bergerie, et, sans trop de frauchise, Soyez de votre siècle, ainsi que Cidalise : Ayez-la, c'est d'abord ce que vous lui devez; Et vous l'estimerez après , si vous pouvez. Au reste affichez tout. Quelle erreur est la vôtre! Ce n'est qu'en se vantant de l'uue qu'on a l'autre; Et l'honneur d'enlever lamant qu'uue autre a pris
A nos gens du bel air met souvent tout leur prix.
V alèr E.
Je vous en crois assez.... Eh bien^ mon mariage? Concevez- vous ma mère, et tout ce radotage?
CLÉ ON
N'en appréhendez rien. Mais, soit dit entre nous, Je me reproche un peu ce que je fais pour vous; Car enfin si, voulant prouver que je vous aime , J'aide à vous nuire , et si vous vous trompez vous-même En fuyant un parti peut-être avantageux?
VALÈRE
Eh ! non : vous me sauvez un ridicule affreux. Que diroit-on de moi, si j'allois, à mon âge. D'un ennuyeux mari jouer le personnage?
Ou j'aurois une prude au ton triste, excédant, Une bégueule enfin qui seroit mon pédant; Ou si, pour mon malheur ma femme étoit jolie , Je serois le martyr de sa coquetterie.
Fuir Paris , ce seroit m'égorger de ma main. . Quand je puis m'avancer et faire mon chemin, Irois-je, accompagné d'une femme importune, Me rouiller dans ma terre et borner ma fortune? Ma foi, se marier, à moins qu'on ne soit vieux , Fi! cela me paroît ignoble, crapuleux.