I.'homme éclaire suspend l'eloije et la censure
Il sait que sur les arts, les esprits, et les goûts
Le jugement duu seul n'est point la loi de tous-
Qu'attendre est pour juger la règle la meilleure
Kt que l'arrêt public est le seul qui demeure.
VALÈRE
il est vrai; mais enfin Clëon est respecté, Et je vois les rieurs toujours de son côté.'
ARISTE
De si honteux succès ont-ils de quoi vous plaire?
Du rôle de plaisant connoissez la misère:
J'ai rencontre souvent de ces gens à bons mots
De ces hommes channanU qui n'étoient que dès sots;
Maigre tous les efforts de le-ir j^etite envie ,
Une froide épigramme, une bouffonnerie '
A ce qui vaut mieux queux noiera jamais rien;
i34 LE MÉCHANT.
Et, malgré les plaisants, le bien est toujours bien. j'ai vu d'autres méchants d'un grave caractère. Gens laconiques , froids , à qui rien ne peut plaire ; Examinez-les bien, un ton sentencieux Cache leur nullité sous un air dédaigneux. Cléon souvent aussi prend cet air d'importance; Il veut être méchant jusque dans son silence : Mais qu il se taise ou non , tous les esprits bien faits Sauront le inépriser jusque dans ses succès.
.y VA LE RE.
Lui refuse riez -vous l'esprit? J'ai peine à croire...
ARISTE
Mais à l'esprit méchant je ne vois point de gloire :
8i vous saviez combien cet esprit est aisé.
Combien il en faut peu , comme il est méprisé !
Le plus stupide obtient la même réussite.
Eh ! pourquoi tant de gens ont-ils ce plat mérite,
Stérilité de l'ame, et de ce naturel
Agréable , amusant, sans bassesse et sans fiel?
On dit l'esprit commun; par son succès bizarre,
La méchanceté prouve à quel point il est rare :
Ami du bien, de l'ordre, et de l'humanité,
Le véritable esprit marche avec la bonté.
Cléon n'offre à nos yeux qu'une fausse lumière.
La réputation des mœurs est la première ;
Sans elle, croyez-moi, tout succès est trompeur :
Mon estime toujours commence par le cœur;
Sans lui l'esprit n'est rien; et malgré vos maximes,
Il prodidt seulement des erreurs et des crimes.
Fait pour être chéri, ne serez-vous cité