‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Saintfoix, Gresset, et BretChapitre 98 sur 144 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LÉANDKK PERE, M .\ Kl NE, CKISPIN

lÉA> DRE.

dait-on mon arrivée? as-tu vu le be.m-|>ere?

C il I â i> I N ■ l'as eucor.

Commeut donc?

MARINE

Monsieur, point de colère, Ou la aJUTù trop tôt...

i84 LA DOUBLE EXTRAVAGANCE.

Et pourquoi , s'il vous plaît?

MARINE

Ah! monsieur, tout va-t-il suivant notre souhait? Du père, je le sais, vous avez la promesse; Mais si je connois bien l'esprit de ma maîtresse, Quoique simple, et n'ayant aucune passion, Elle aura pour votre âge un peu d'aversion; Et je crains qu'eu voulant lui faire violence, On ne pousse sou cœur à quelque extravagance.

CRIS PIN

La crainte est de bon sens.

Suis-je si fort âgé?

Je sais cent jeunes gens qui n'ont pas l'air que j'ai.

MARINE

c'est ce qui me surprend , et me donne une idée Bizarre en apparence, et cependant fondée.

lÉandre.

Quelle est-elle?

MARINE

D'abord elle paroit un jeu; Mais , à vous dire vrai, j'y compterois un peu. Ma maîtresse est bien neuve, et par rapport au père, Il est si bon, ma foi...

c R 1 5 p I N , à part.

Quel diantre de mystère?

MARINE

Plus je vous envisage , et plus j'en suis d'avis.

ACTK I, SCKNt VI i85

LKAN un t.

lie quoi ituiic?

Aiiriez-vou8 des enfants?

léandre.

J eus un tUs , Oui, de robiii d abord devenu militaire. Aujourd'hui loin de luoi ne m'inquiète guère : Laissous-le, sou état excite mon courroux.

MARINE

Fort bien, mais sous son nom que ne vous oHrez-\ous Fait comme vous voilà, trais encore et lœil tendre, Je gagcrois qu'ici chacun va s'y mcpreiulrc. Sûr de la tille, alors vous ne risqueriez rieu. c'est la l'essentiel : vous concevez Fort bien. Soit désir du c<mvent, soit larmes, soit prière , Qu'une fille à la fin vient a bout de son père. Monsieur Urgon alors lui remett.int ses droits. Nous tâcherions sur vous de conduire son choix. Comme elle n'aime rieu, la réussite est sûre : Voyez si vous voulez risquer cette aventure.

LÉAN ORE.

Ton projet me plait fort; je voudrois le tenter.

M A RI. NE

c'est que vous pourrez plaire et vous faire écouter; Au lieu que sous l'habit, la qualité de père, Vous vous feriez haïr : pardon, je suis sincère; Mais vous connoissez bien l'esprit des jeuues gens. A leurs yeux prévenus les pères ont ceut aus ; c'est le nom qui fait tout : ne vous faites couuoitre

i86 LA DOUBLE EXTRAVAGANCE, Qu'en qualité de fils; vous passerez pour l'être.

léandre.

Tu crois...

MARINE

Si je le crois? Vous eu avez tout l'air. Par quelques petits soius il faudi'a vous aider; Avoir une coiffure un peu plus élégante , Un peu plus d'art, et tout passera notre attente. Est-ce qu'on a l'air jeune aujourd'hui dans Paris? Nos tendres Adonis en naissant sont flétris. La sottise, l'habit, affichent la jeunesse; Mais tout, à cela près, annonce la vieillesse.

CRispiN, bas.

La friponne, je crois, veut se moquer de lui.

LÉANDRE

Faisons plus...

MARINE

Oui, je veux vous servir aujourd'hui.

Souffrez la liberté qu'avec vous j'ose prendre. Mais je me sens pour vous l'amitié la plus tendre.

LEANDRE

Tu n'obligeras pas, je t'assure , un ingrat.

MARINE

Ne jugez pas de moi, monsieur, par mou état. Je sers sans intérêt.

CRISPIN

L'honnête conscience ! léand RE.

Je dis donc, pour fixer encor la vraisemblance, Qu'il faudra que j'apporte une lettre...

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