ANGÉLIQUE, LISETTE
ANGÉLIQUE
Quoi! te voilà seule, Lisette, et tu ne viens ])a^ me troiiver? Que tu es cruelle de m'abandonnei à mes cha{]frins , et de ne pas être avec moi le plus souvent qu'il t'est possible!
LISETTE
Je ne puis pas suffire à toute la famille; c'est à qui m'aura : madame Blandineau, pour pester contre son mari ; le mari , pour se plaindre de sa femme ; madame la greffière, pour m'entretenir de son ajustement et de ses charmes; et vous, pour parler de votre amant. Voilà bien de l'occupation dans un même menace.
ANGÉLIQUE
Que mes tantes sont folles , Lisette, et que je suis malheureuse de nie trouver sans bien , sans autres parents qu'elles seules, avec autant de foiblesse dans le cœur pour un amant aussi perfide !
LISETTE
Oh ! pour moi, je ne comprends pas comme»!, depuis huit jours que nous sommes ici, vous n'avez point eu de ses nouvelles; il faut qu'il soit n\ort ou malade.
ifii LES BOURGEOISES DE QUALITI^:.
Il est pis que col.t , Lisette, il est iiieonsianf. Queli|iu;s jours avant notre- «lepart , il te souvient (|ue nous le vîmes dans ta ehan>lirc ; il s'y rendit nue heure ])lus tard que de eontuuie, il y tleuuHira beaucoup moins; il etoit <'lia{jrin, inquiet, interdit, embarrassé : il commençoit à ne me plus aimer, Lisette, et l'abscnee l'a fait m'oublier tout-à-fait.
LISETTE
Si cela est, ce sont vos tantes qui en sont cause.
KTiGlknqVE-
Que je les hais, Lisette !
LISETTE
L'une avoit assez de penchant pour lui, à hi vérité; mais elle ne vouloit pas qu il en eut jxtur vous.
ANGÉLIQUE
Oui, cela est vrai, ma tante la {^reffiùre, n'estce pas? Je crois qu'elle étoit amoureuse de lui.
LISETTE
Justement , et c'en est assez pour faire déserter un joli homme ; outre quamadame Blandineau, de son côté, qui ne veut point vous voir plus grande dame qu'elle , a fait aussi ce qu'elle a pu