ACTE III, SCÈNE IX. i5i
De nos affections ce n'est pas la moitié : Ne comptez-vous pour rieu l'avarice sordide , L'ambition, l'envie, et la haine perfide? Vous, monsieur, qui peignez toutes choses en beau, Je vous défie ici dé<;ayer le tableau.
M. DE PL I X VILLE
Oui, ces noms sont affreux, mais les choses sont rares. Au siècle où nous vivons il est fort peu d'avares ; D'envieux, Dieu merci , je n'en connois pas un ; I.a haine enfin n'est pas un vice très commun. L'ambition, peut-être, est un peu plus commune ; Mais, soit qu'elle ait pour but les honneurs, la fortune. C'est un beau mouvement qui n'est pas défendu : Souvent, loin d'être un vice, elle est une vertu. Chaque chose a son temps. L'enfance est consacrée Aux doux jeux; la jeunesse à l'amour est livrée, Et l'âge mûr au soin d'établir sa maison. Croyez-moi , le bonheur est de toute saison.
M. DE Mon I N VAL.
Vous allez voir qu'il est aussi dans la vieillesse !
M. DE PLIN vr LLE.
Sans doute, Morinval. Ainsi que la jeunesse, A le bien prendre, elle a ses innocents plaisirs. C'est l'âge du re[)os, celui des souvenirs. J'aime à voir d'un vieillard la vénérable marche, Les cheveux blancs; je crois revoir un patriarche. Il guide la jeunesse, il en est respecté; Il raconte une histoire, et se voit écoute.