M. DE ^OR I N VA L
Et tout cela finit?
i52 L'OPTIiMISTE.
M. DE PLINVILLE.
Mais... par la dernière heure.
Je suis ué, Morinval; il faut donc que je meure. Eh bien ! tranquille et gai jusqu'au dernier instant , Comme je vis heureux, je dois mourir content.
M. DE MORIXVAL.
Et moi... , car à mon tour il faut que je réponde , Et que par mille faits, enfin, je vous confonde, Je vous soutiens, morbleu! qu'ici-bas tout est mal, Tout, sans e.tception, au physique, au moral. Nous souffrons en naissant, pendant la vie entière, Et nous souffrons sur-tout à notre heure dernière. Nous sentons, tourmentés au-dedans, au-dehors, Et les chagrins de l'ame, et les douleurs du corps. Les fléaux avec nous ne fout ni paix ni trêve : Ou la terre s'entrouvre, ou la mer se soulève. Nous-mêmes, à l'envi, déchaînés contre nous, Comme si nous voulions nous exterminer tous, Nous avons inventé les combats, les supplices. C'étoit peu de nos maux, nous y joignons nos vices: Aux riches, aux puissants l'innocent est vendu; On outrage l'honneur, ou flétrit la vertu. Tous nos i>laisirs sont faux, notre joie indécente : On est vieux à vingt ans, libertin à soixante. L'hymen est sans amour, l'amour n'est nulle part. Pour le sexe on n'a plus de respect ni d'égard. On ne sait ce que c'est que de i)ayer ses dettes. Et de sa bienfaisance on remplit les gazettes. On fait de plate prose et de p^us méchants vers; On raisonne de tout, cl toujours de travers;