M. D'OR LANGE
Cette espèce d'aveu n'a point paru déplaire ;
Du moins , elle n'a point témoigné de colère :
Cependant je ne suis qu'un simple vovageur.
Même à voir de son front la subite rougeur,
Et la mélancolie en ses regards empreinte,
Du tcait qui m'a blessé j'ose la croire atteinte.
J'admire, en vérité, l'avenir qui m'attend :
Il est flatteur... Oui , mais... quand j'y songe pourtant,
Si ce nouvel amour, si ce doux hyménée,
Bornoient en son essor ma haute destinée!
Car, à juger d'après ce qui m'est arrivé,
Aux grands événements je me sens réservé.
Je puis me faire un nom, et, dans mon ministère.
Servir le roi, l'état, pacifier la terre. De quelque emploi brillant je puis me voir charger, Et de nouveau peut-être il foudra voyager. Sans vouloir pénétrer dans les choses futures , Les voyages sur mer sont remplis d'aventures. ( arrivant par degrés à une espèce de rêverie et de vision. ) Le vaisseau sur lequel je m'étois embarqué, Par un corsaire turc, eu Foate, est attaqué... Je défends, presque seul, mon timide équipage... Mais enfin le grand nombre accable mon courage , Et je me rends... Les Turcs, charmés de ma valeur. Me proclament leur chef, à la place du leur (^u'avoit tué mon bras. Le sort me favorise: Je signale leur choix par mainte et mainte prise. Et parviens, par degrés, à de très hauts emplois... Le capitan-pacha, jaloux de mes exploits, ÎMe dénonce au visir; il prétend qu'on me chasse... On le chasse lui-même, et je monte à sa place... » Pacha, dit le visir, les Russes sont là ; cours, i< Et bats-les. » Je les bats; puis je prends, en trois jours, Ismailow, Okzakow, Crimée et Valachie...
Mon nom devient fameux par toute la Turquie... Le sultan , qui dans moi voit son plus ferme ap[>ui , Me fait son gendre : il meiirt; et je régne après lui.
( au comble du délire. ) Me voilà donc le chef de la sublime Porte !... Mais ma religion, mais mon culte!... Qu'inipoi-|e La mitre, le turban, tous les cultes divers? Mon dogme est d'adorer le Dieu de l'univers.