SCÈNE VU
M. D'O R L A N G E ; V I C T O R , déjà entre sur la scène, et sans être vu , a écouté , depuis ces mots : Le capitanpacha, etc.
VICTOR , se prostematil.
Sultan !.. .
.M . n'oR LANCE.
Eh bien 1 qu'est-ce'' Que veut-on?
VICTOR
Au sérail on attend ta hautesse...
M. d'o r l a n g e , se croyant encore le grand-seùjncur. Quel est l'audacieux...?
VICTOR
La sultane, à l'instant, Va servir le café, le sorbet. Elle attend.
M. d'or LANGE.
Eh mais!... c'est toi , Victor. Malheuren\ ! tu m'éveille».
VICTOR
C'est dommage; en rêvant, vous faites des merveilles. Je suis un criminel : je vous ai détrôné, l'ardon. .^ussi jamais s'est-on imaginé...?
aSo LES CHATEAUX EN ESPAGNE.
M. d'oui. ANGE.
Eh! Victor, chacun fait 'les château.v eu Espagne:
On en fait à la ville, ainsi qu'à la campagne;
On en fait en dormant, on en fait éveillé.
Le pauvre paysan , sur sa bêche appuyé,
Peut se croire, un moment, seigneur de son village.
Le vieillard, oubliant les glaces de son âge.
Se figure aux genoux d'une jeune beauté.
Et sourit ; son neveu sourit de son côté ,
En songeant qu'un matin du bon-homme il hérite.
Telle femme se croit sultane favorite;
Un commis est ministre ; un jeune abbé , prélat ;
Le prélat... Il n'est pasjusqu'au simple soldat
Qui ne se soit un jour cru niai'échal de France;
Et le pauvre lui-même est riche en espérance.
VICTOR
Et chacun redevient Gros-Jean comme devant.
M. d'or LANGE.
Eh bien! chacun, du moins, fut heureux en rêvant. C'est quelque chose encor que de faire un beau rêve: A nos chagrins réels c'est une utile trêve. Nous en avons besoin : nous sommes assiégés De maux dont à la fin nous serions surchargés Sans ce délire heureux qui se glisse en nos veines. Flatteuse illusion! doux oubli de nos peines! Oh ! qui pourroit compter les heureux que tu fais ? L'espoir et le sommeil sont de moindres bienfaits. Délicieuse erreur! tu nous donnes d'avance Le bonheur que promet seulement l'espérance. Le doux sommeil ne fait que suspendre nos mau> ;