ACTE I, SCENE II
Mme DE ROSELLE.
Elle a donc mal dormi ?
ROSE
Très mal : je l'entendois ; elle a pleuré, gémi.
Spne DE ROSELLE.
Elle a du chagrin?
ROSE, soupirant.
Oui.
Mme DE ROSELLE.
Ma tante aussi la gronde!...
ROSE
Elle est grondée ainsi depuis qu'elle est au monde.
Mme DE ROSELLE.
Oui , ma tante souvent prend de l'humeur pour rien.
ROSE
Tout en nous querellant, elle nous veut du hien : Pour sa fille sur-tout sa tendresse est extrême.
.Mme DE ROSELLE.
Elle aime aussi mon oncle , et le gronde de même.
ROSE
Tenez, je sais fort bien la cause de son mal : C'est qu'elle u'aime point monsieur de Morinval ; Car, lorsqu'elle le voit, ou dès qu'on le lui nomme..
Mme DE ROSELLE.
Morinval, cependant, a l'air d'un galant homme.
ROSE
Galant homme, d'accord , mais boudeur et chagrin : On ne lui voit jamais un air ouvert, serein. Pour moi, son seul aspectWinspire la tristesse : Il se peint tout en noir, excepté ma maîtresse.
Et puis, il II est point jeune, et ma maîtresse l'est.
Mme DE p. os EL LE.
Il n'est pas vieux non plus.
ROSE
Ah! pardon, s'il vous plaît.
Il a bien cinquante ans, elle n'en a que seize : Comment voulez- vous donc qu'un tel époux lui plaise? Pour moi , je ne sais pas quand je me marierai ; Mais je rcpoudrois bien que je n'épouserai Qu'un jeune homme : du moins, quand on est du mcmeâgej On fait jusques au bout ensemble le voyage.
Mme DE ROSELLE.
Monsieur Belfort paroit aimable?
ROSE
Oh! oui.
jime DE ROSELLE.
Sait-on, Dites-moi , ce que c'est que ce jeune homme?
ROSE
Non; Car monsieur l'a reçu sur sa seule figure.
Mine DE ROSELLE.
Par quel hasard?
ROSE
Un soir, la nuit étoit obscure, Un jeune homme demande un asile : on l'admet... C'étoit monsieur Belfort. Il entre: l'on soupoit, On l'invite. Il paroit spirituel, honnête. Le lendemain, il veut repartir; on l'arrête: Il plcuvoit. Cependant, comme il pleuvoit toujours,