ACTE I, SCENE II
Monsieur, qui le retiut ainsi pendant huit jours, Goûtoit de plus en plus son ton , son caractère. Enfin , quoiqu'il n'eût pas besoin de secrétaire, En cette qualité monsi°ur l'a retenu.
Mm« UE ROSELLE.
Bon ! Et depuis ce temps n'est-il pas mieux connu?
ROSE
Ses bonnes qualités l'ont assez fait connoître.
M"'e DE ROSELLE.
Il a plus d'un emploi , car il tient lieu de maître A ma cousine.
ROSE
Eh! oui : comme il parioit un soir D'anglois, mademoiselle a voulu le savoir. « Dounez-en des leçons, » dit monsieur. Il en donne.
Mme DE ROSELLE.
Avec succès, dit-on?
ROSE
Il dit qu'elle l'étonne, Madame : elle savoit sa grammaire en huit jours.
Mme DE ROSELLE.
En huit Jours! Etes- vous toujours là?
Moi? toujours.
Mme DE ROSELLE.
Lclfort paroît donner ces leçons avec zèle.
ROSE
Tout-à-fait : il chérit beaucoup mademoiselle.
Mme DE ROSELLE.
A ce (|ue je puis voir, elle-même en fait cas?
ROSE
Oh! beaucoup: en efFet, qui ne l'airaeroit pas? Mademoiselle et moi, même esprit nous anime, Et comme elle, pour lui, moi, j'ai beaucoup d'estime. Si vous saviez combien il est honnête, dou.x!...
Mme DE ROSELLE.
Je l'ai jugé d'abord. Que dit-il, entre nous. De l'air triste et rêveur de ma jeune cousine?
ROSE
Mais il est bien chagrin de la voir si chagrine. On lit dans ses regards une tendre pitié : Un frère pour sa sœur n'a pas plus d'amitié. Le matin, de sa chambre il attend que je sorte, Et me demande alors comment elle se porte. Mais ou rit. C'est monsieur.