‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 63 sur 240 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

ROSE

Monsieur...

M. DE P LIN VIL LE

Mais comme elle embellit I Du matin jusqu'au soir, elle chante, elle rit.

no SE.

Monsieur me dit toujours quelque chose d'honnête.

M. DE PLINVILLE.

Nous aurons du plaisir, j'espère, à notre fête.

J'ai dans l'idée... oh! oui : j'ai fait, ma chère enfant,

Un rêve!... car je suis heureux, même en dormant.

Mme DE ROSELLE.

oh ! je le crois.

Monsieur, contez-nous donc, de grâce...

M. DE PLINVILLE.

Il n'en reste au réveil qu'une légère trace.

Et j'aurois maintenant peine à le ressaisir :

Je me souviens du moins qu'il m'a fait grand plaisir,

Et cela me suffit; car, lorsque je me lève,

Je suis heureux encor, mais ce n'est plus en rêve.

Mme DE ROSELLE.

Vous rêvez bien encor, mais c'est tout éveillé.

M. DE PLINVILLE.

Il est vrai. Que de fois je me suis oublié

Au bord d'une fontaine, ou bien dans la prairie!

Là, seul, dans une vague et douce rêverie,

Je suis... ce que je veux, grand roi, simple berger...

Que sais-jc, moi? Quelqu'un vient-il me déranger,

Alors j'aime encor mieux être moi que tout autre.

Mme DE ROSELLE.

Le sort d'un roi n'est pas plus heureux que le vôtre. Je suis contente aussi : pour la première fois J'ai vu l'aurore.

M. DE rLI.N VILLE.

Tous les jours je la vois.

M. DE PLINVILLE.

En effet, on n'est pas plus matinal que Rose.

Mme DE ROSELLE.

Savez-vous que l'aurore est une belle chose?

M. DE PLI>' VILLE

oh ! oui , sur-tout ici , sur-tout au mois de mai. C'est Lien le plus beau mois de l'année.

Mme DE ROSELLE.

Il est vrai.

ROSE

C'est un mois qu'en effet, comme vous, chacun aime. Mais en janvier, monsieur, vous disiez tout de même.

M. DE PUS VILLE

J'avouerai, mon enfant, que toutes les saisons Me plaisent tour-à-tour, par diverses raisons : Janvier a ses beautés , et la neige est superbe.

Mme DE ROSELLE.

Il est plus doux ])Ourtant de voir renaître l'herbe, Et les Heurs...

!\I. DE PLINVILLE.

Oui, les fleurs. Par exemple, en ces lieux, On respire une odeur, un frais délicieux.

Page 1