ACTE I, SCENE III
Hélas! sans la dompter on connoît sa Foiblesse. Tu vois ce que j'ai fait : j'ai craint que dans ces lieux Le retour de Warwick ne traversât mes vœux. J'ai frémi de me voir confus à ses approches, Exposé sans défense à ses justes reproches. Je hâte cet hymen : j'ai voulu prévenir Ce moment pour mon cœur si rude à soutenir; Et ce cœur qui lon^-temps trembla près de l'abyme, Pour linir ses combats, précipite son crime.
su FFOLCK.
Sans doute qu'aujourd'hui prêt à former ces nœud> Vous en avez prévu les effets hasardeux. L'amour excuse tout alors qu'il est extrême; Votre ame en s'y livrant se condamne elle-même : Mais l'objet qui pour lui vous fait tout oublier, En partageant vos feux doit les justifier.
EDOUARD
L'aimable Elisabeth, au printemps de sou âge, Peut-être de l'amour ignorant le langage, M'a fait voir jusqu'ici, dans sa timidité, Ce trouble intéressant qui sied à la beauté. Moi-même, je l'avoue, interdit devant elle. Rougissant malgré moi de mon erreur nouvelle , Commençant des discours que je n'achevois pas. Je n'ai presque parlé que par mon embarras. Mais j'ai peine à penser qu'une plus chère flamme Ait surpris sa jeunesse, et me ferme son ame; Elle a peu vu l'époux qui lui fut destiné. On écoute sans peine un amant couronné, Offrant avec sa main le sceptre d'Angleterre.
iS LE COMTE DE WARWICK.
Enfin je l'aime assez pour apprendre à lui plaire. C'est Warwick qui produit mes troubles inquiets; Je songe à son courroux, et plus à ses bienfaits. Je détruis dans s^s mains les fruits de sa prudence, Je l'expose lui-même aux mépris de la France. Eh! qui sait, dans l'ardeur de ses ressentiments, Jusqu'où peuvent aller ses fiers emportements?
SUFFOLCK.
Peut-être vos débats vont rallumer la guerre...
ÉDODAR D.
C'est un a>tre sanglant qui luit sur l'Angleterre. De Lancastre et d'Vorck les partis opposés Ont fait couler le sang des peuples écrasés. L'Anglois environné du meurtre et des ravages, A compté jusqu'ici ses jours par des orages. A peine il semble enfin goûter quelque repos; Faut-il que je l'expose à des malheurs nouveaux? C'est en toi , cher Suffolck , que mon espoir réside ; Qu'aux remparts de Paris mon intérêt te guide; Vole et préviens Warwick ; ne lui déguise rien : V^a, mon cœur n'est pas fait jiour abuser le sien ; Peins-lui tout mon amour, et toute mon ivresse; Et si son amitié pardonne ma foiblesse, Qu'il élève ses vœux à l'hymen de ma sœur, Que ce nœud de plus près l'attache à ma grandeur. Toujours l'ambition fut sa première idole; L'amour n'est à ses yeux (juun prestige frivole. Elisabeth sur lui n'a point cet ascendant Qui semble humilier un cœur indépendant. Qui subjugue le mien trop flexible et trop tendre;