ACTE II, SCENE II
Les secours que de toi j'attends dans ma misère Ne feront point rougir les mânes de ton père.
PYRRHUS
C'est moi qui dois rougir, moi qui suis désormais Coupable , si je parle ; et vil , si je me tais.
philoctéte.
Ta veux m'abandonner, ton cœur se le propose, Tu veux partir sans moi.
PYRRHUS
Non. Mais si je m'expose A mériter de vous des reproches plus vrais? Même en vous emmenant, si je vous trahissois?
PHI loctÉte.
Toi!... Que veux-tu me dire? explique ce mystère.
PYRRHUS
!ih bien , sachez donc tout : je ne puis plus rien taire
Comment?
Pour Ilion vous partez avec moi.
piiii. octétf Qu'as-tu dit? juste ciel!
PYRRHUS
Daignez entendre...
PHILOCTETE.
Eh quoi !
Que veux-tu que j'écoute, et que prétends-tu faire?
PYRRHUS
A tant de maux enfin pour jamais vous soustraire. Vous guérir, et bientôt partager avf»r vnn<;
.7«> PIIILOCTfcTE.
Un honneur que les dieux n'ont réservé qu'à nous.
Sous vos coups, sous les miens, ils feront tomber Troie.
philoctéte.
Ce sont là tes desseins?
PYRRHUS
Oui, le ciel qui m'envoit' Du soin de les remplir nous a chargés tous deux.
PHILOCTETE.
.Je suis trahi , perdu; qu'as-lu fait, malheureux? Pyrrhus, est-il bien vrai? Rends-moi, rends-moi mesarme^,
PYRRHUS
Je ne le puis, seigneur, et la Grèce en alarmes Ne sauroit aujourd'hui voir changer ses destins Que par ces ti'aits puissants remis entre mes mains Je lui dois obéir; et je veux bien pour elle. Oublier, je l'avoue, une injure cruelle. Mou cœur, qui s'en plaignoit , ne vous a point déçu. Mais j'immole à l'état l'affront que j'ai reçu. Imitez mon exemple.
PHILOCTÉTE.
O trahison! ô rage!
Quoi ! tu me préparois cet exécrable outrage ! Lâche, tu m'as séduit par d'indignes détours. Pour m'enlever ainsi le soutien de mes jours! Et lorsque tu trahis la foi qui m'étoit due, Tu peux me regarder et soutenir ma vue! Tromper un suppliant qui gémit à tes pieds! Rends, mon fils, rends ces traits que je t'ai confiés. Tu ne peux les garder; c'est mon bien, c'est ma vie; Et ma crédulité doit-elle être punie ^