‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 111 sur 216 · ACTE H, SCENE ïll · texte numérisé non relu

ACTE H, SCENE ïll

>»oD ame noble et pure , et semblable à la mienne , N'étoit pas faite, hélas! pour imiter la tienne. Il déteste eu secret les complots qu'il servit ; Sa foiblesse docile à regiet t'obéit.

Son" cœur sensible et bon , dont j'entends le murmure. Se reproche à présent sa fraude et mon injure. A ton fatal génie il ne put échapper, Et toi seul, en un mot, sus l'instruire à tromper. Et maintenant encor, pour combler tes outrages , Tu prétends m'enlever de ces mêmes rivages Où tu m'abandonnas, où je vis délaissé. Du nombre des vivants dès long-temps effacé. Ahl que puissent les dieux!... Que dis-je? misérable... Les dieux s'occupent-ils de mon sort déplorable? Et pourquoi répéter trop vainement, hélas! Des imprécations que le ciel n'entend pas? Ses rigueurs sont pour moi, ses faveurs pour Ulysse. J'u triomphes, cruel, et ris de mon supplice; Ma douleur fait ta joie, et ta prospérité Est un affront de plus à ma calamité.

Va, va t'en réjouir avec tes chers Atrides; Vante-leur le succès de tes ruses perfides. Malgré toi cependant tu suivis leurs drapeaux; Tandis qu'à leur secours j'ai conduit mes vaisseaux. Ils prodiguent pour toi leurs biens et leur puissance; Ils m'ont abandonné, voilà ma récompense; Du moins tu les chargeois de ce crime honteux. Et toi-même à ton tour en es charge par eux. Mais, dis-moi, que veux-tu? Pourquoi dans sa retraite, Pourquoi dans îon tombeau troubics-tu Philoctéte?

176 PHILOCTÈTt.

Je suis mort pour les Grecs; ef comment à tes \cii\

Ne suis-je plus un poids incommode, odieux,

Offensant Jes autels de ma présence impure,

L'horreur de tout un camp souillé par ma blessure?

C'étoient là tes discours... Barbare, si les dieux

Sont justes une fois, en exauçantmes vœux...

Et je vois qu'ils le sont : je vois qu'ils vous punissent;

Leurs redoutables mains sur vous s'appesantissent.

De quelque trait fatal si vous n'étiez frappés,

A me chercher ici seriez-vous occupés?

Eh bien ! égale enfin le supplice à l'offense.

Ciel , qui m'as si long-temps refusé la vengeance!

De mes longues douleurs entends le dernier cri;

Extermine les Grecs, et je me crois guéri.

ULYSSE

Aux transports violents d'une aveugle furie Je n'oppose qu'un mot: j'ai servi ma patrie. C'est là mon seul honneur, c'est là mon seul devoir. Sur les cœurs quelquefois ma voix eut du pouvoir. Mais je ne prétends pas en avoir sur le vôtre. Vous voulez demeurer, et je vous cède; un autre Saura des immortels mériter les bienfaits : Cet arc est dans nos mains garant de nos succès Le valeureux Teucer en saura faire usage; Moi-même de cet art j'ai fait l'apprentissage, Et pour lancer ces traits, arbitres des combats. Le bras d'Ulysse au moins peut valoir votre bras. Nourrissez à loisir la haine et la colère, Habitez cette rive à votre cœur si chère. Peut-être que les dieux . en conduisant mes coups,

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