SUITE DE SOLDATS
ULYSSE, arrivant avec précipitation .
Qu'attendez-vous , perfide ?
Remettez-moi ces traits.
PHI loctéte.
^ C'est Ulysse ! g^rands dieux !
ULYSSE
Lui-même.
philoctéte.
Ciel ! oïl suis-je? Ulysse dans ces lieux î Ahi lui seul a tout fait : ce cruel artifice, Tout cet affreux complot est l'ouvrage d'Ulysse. Mes armes , c'en est trop , mes armes.. .
ULYSSE
Non: Pyrrhus Sait respecter des Grecs les ordres ab.solus. Ces armes sont à nous : il ne peut vous les rendre. Vous , marchez sur nos pas ; c'est trop vous en défendre : Ne vous obstinez plus à résister aux dieux, Ou je vous fais sur l'heure enlever de ces lieux.
philoctéte.
Tu me menaces, traître!... O Lemnos, mon asile. Feux sacres de Vulcain, allumés dans cette ile! Vous mes seuls protecteurs, ô dieux de ces climats. Vous voyez cet outrage, et ne le vengez pas !
174 PHILOCTETE.
ULYSSE
Jupiter est leur maître, et c'est lui qui m'amène
piii r. octÉte. Ainsi tu fais les dieux complices de ta haine, Artisans du parjure et de l'iniquité!
ULYSSE
•Je vous parle en leur nom : suivez leur volonté.
PHI loctÉte.
Penses-tu donc traiter Philoctéte en esclave?
U LYSSE.
Je le traite en guerrier et généreux et brave. En digne compagnon de tant de rois fameux. Qui doit renverser Troie, et triompher comme Cuk Ke fuyez point la gloire à vos regards offerte : Venez, le ciel l'ordonne, et la route est ouverte.
PHILOCTÉTE.
Tant que cet antre obscur pourra me recevoir. De m'arracher d'ici rien n'aura le pouvoir. Oui, j'aime mieux mourir; du haut de cette roche. J'aime mieux à l'instant...
ULYSSE, aux soldats.
Gardez qu'il n'en approche; Prés6fvez-le, soldat?, de sa propre fureur. [Les soldats environnent Philoctéte.)
PHILOCTÉTE
O comble de l'opprobre, ainsi que de l'horreur ! O bras jadis à craindre, aujourd'hui sans défense! Du plus vil des mortels je reçois cette offense ! Lâche, qui ne connois ni remords ni pudeur, De ce jeune héros tu se Juis la candeur.