ACTE III, SCENE III. ib
Ils vous offrent, sei^nevir, les plus nobles travaux , Le bonheur, la victoire, et la fin de vos maux.
philoctéte.
Pourquoi trainè-je encore une inutile vie, Que le ciel dès long-temps devroit m'avoir ravie? Que fais-je, hélas! au monde , où je n'ai qu'à souffrir? Faut-il combattre encor ce que je dois chérir; Qu'un mortel généreux qu'il faut que je révère M'adresse cependant une vaine prière?
Pyrrhus, épargne-moi, cesse de m'accuser; Va, mon dernier malheur est de te refuser. Ma's que demandes-tu? quelle est ton injustice? Veux-tu que Philoctéte à ce point s'avilisse, Qu'il reparoisse aux yeux des mortels indignés. Couvert de tant d'affronts qu'il aura pardonnes? Où porter désormais ma honte volontaire? Ce soleil qui voit tout, ce jour qui nous éclaire , Verra-t-il Philoctéte auprès d'Ulysse assis? Et pourrai-je d Atrée envisager le fils? •
Qu'en puis-je attendre encore? et sur quelle assurance D'un avenir meilleur fondes-tu l'espérance? Sais-tu (juel traitement ils me gardent un jour? Va, de ces cœurs ingrats n'attends point de retoui. Le crime flétrit l'ame et ne conduit (pi'au crime. En leur faveur, dis-moi , quel inténît t'anime? Je dois te l'avouer; je m'étonne en effet Que tu serves les Grecs après ce qu'ils t'ont fait ■foi-mcme me l'as dit, que leur lâche insolenct: D'Ajax et de Pyrrhus outragea la vaillance , Et des araie» d'Achille osa priver sou fds :
i86 PHILOCTÈTE.
Et ton bras sanneroit contre leurs ennemis! Garde, garde plutôt le serment qui te lie; Remène Philoctète au\ bords de Thessalie; Et toi-même, à Scyros tranquille et respecté, Laisse périr les Grecs comme ils l'ont mérité. Ainsi d'un malheureux tu finis la misère ; Ainsi dans son tombeau tu consoles ton père; Et tu n'as plus la honte, aux yeux de l'univers. De rester le complice et l'appui des pervers.
PYRRHUS
C'est contre vous, seigneur, que votre voix prononce. Le ciel veut vous guérir ; sa clémence l'annonce: Le remède est certain, et vous le rejetez!
PHILOCTETE.
Laisse-les-moi ces maux : je les ai supportés.
PYRKHUS.
Pyrrhus est votre ami.
PHILOCTETE.
C'est l'ami des Atrides.
Tu voudrois me traîner au camp de ces perfides. Où de tous mes malheurs le cruel souvenir...
PYRRHUS
Il les vit commencer, il les verra finir;
Et pour vous de salut il n'est point d'autre voie.
PHILOCTETE.
Ne parle plus des Grecs, ne parle plus de Troie ; Tous deux m'ont trop coûté de pleurs et de tourments. Je ne te dis qu'un mot : j'ai reçu tes serments; Veux-tu les accomplir?