‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 117 sur 216 · ACTE III, SCÈNE III. i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III. i

Va, trop indigiif fils du plus illustre jière , Lorsque aujourd'hui ta fourbe a comJjlé ma misère, Tu m'offres des conseils! Ote-toi de mes yeux; Va retrouver Ulysse et tes Grecs odieux. Tu n'échapperas pas, ni toi, ni les Atrides, Au céleste courroux qui poursuit les perfides. Je vous ai dévoués aux vengeances des dieux; Qu'elles tombent sur vous : ce sont là mes adieux

PYRRHUS

Pkîs d'imprécations, plus de cris, ni de larmes. Coniioissez mieux Pyrrhus, et reprenez vos armes

philoctÉte.

Est-ce un piège nouveau qui me seroittendu^

PYRRHUS

Recevez de mes mains ce bien qui vous est dû. Ne craignez rien de moi , quand je viens vous le rendre; -Me punisse le ciel, si je veux vous surprendre ! PHILOCTÉTE, se levant avec joie , et reprenant ses flèches.

Je reconnois ton sang à ce noble retour; Ce n'est pas un Sisyphe à qui tu dois le jour. Tu viens de me montrer que la vertu t'est chère. Que la gloire t'anime, et qu'Achille est ton père.

PYRRHUS

Ah! pour son (ils, seigneur, il doit être bien doux De voir que ce grand nom est si sacré pour vous. Vous avez oublié ma faute et ma foiblesse : Eh bien ! s'il est ainsi, souffrez que ma jeunesse. Instruite par les dieux, dicte leur volonté , l^t s'arme contre vous de leur autorité.

i84 PHILOCTÈTE.

Seigneur, il est des maux dont une loi sévèfe

Nous impose en naissant le fardeau nécessaire^

Des maux dont nul mortel ne peut être exempté,

Que nous fait la nature , et la fatalité.

Mais lorsque nos malheurs sont notre propre ouvrage,

Lorsque nous repoussons la main qui nous soulage,

Rebelles aux conseils et sourds à l'amitié,

Nous devenons dès-lors indignes de pitié.

Votre ame est inflexible, elle aigrit sa blessure;

Les avis les plus chers sont pour vous une injure.

Tous les soins sont perdus : le plus fidèle ami ,

S'il veut vous apaiser, vous semble un ennemi.

Te parlerai pourtant, et je dois vous apprendre

L'oracle que sur vous les dieux viennent de rendre.

Le Troyen Hélénus, ce prophète sacré.

Sur nos destins communs est par eux éclairé.

Captif entre nos mains, il nous offre sa vie,

Si sa prédiction se trouve démentie.

Le ciel vous a puni : c'est lui dont la rigueuF

Suscita contre vous le reptile vengeur.

Du temple de Chrysa le gardien redoutable,

Alors que, profanant l'asile inviolable

A ses soins confié par les dieux immortels.

Vous alliez y porter des regards criminels.

Vous ne verrez cesser le fléau qui vous frappe

Qu'en cherchant parmi nous les enfants d'Esculape,

Qu'en prenant Ilion : la céleste faveur

De sa chute entre nous a partagé l'honneur.

De tous ces grands destins digne dépositaire,

Avez-vous donc aux dieux quelque reproche à faire?

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