CORIOLAN, VOLUMNIUS
COUIOLAX.
Quoi ! le sénat romain jusque-là me rabaisse!
Au tribunal du peuple il veut que je paroisse !
Un tribun factieux, un vil Sicinius,
De l'aveu du sénat , va juger Marcius !
J'avilirois ainsi mes di'oits et ma naissance !
Depuis quand les tribuns ont-ils tant de puissance?
Magistrats plébéiens, du peuple protecteurs,
Se sont-kls crus jamais juges des sénateurs?
Souffre-t-on qu'aujourd'hui l'orgueil qui les inspire
Sur les patriciens étende leur empire?
I Est-ce auK pères de Rome à trembler devant eux?
Nul t'e nous n'a fléchi sous un joug si honteux; lEt le sénat, flattant leur audace impunie, 'M'a choisi le premier pour cette ignominie!
194 CORIOLAN
C'est ainsi que mon sort a pu l'intéresser!...
Et c'est Volumiiius qui vient me l'annoncer!
Je gémis comme vous de cet oj3probre insigne: Sénateur, j'en rougis ; ami , je m'en indigne. Je ressens notre injure, et sur-tout votre affront; Mais à se soulever ce peuple toujours prompt Nous fait trombler pour Rome : il semble, à sa furie, Qu'une seconde fois désertant !a patrie Il soit touu prêt encore à partager l'état; Ou que, poussant plus loin l'audace et l'attentat, Dans les derniers excès précipitant sa rage. Il veuille de nos murs faire un champ de carnage. Depuis le jour fatal qu'un camp séditieux. Au mépris du serment, des consuls et des dieux. Sur le mont Aventin portant l'aigle transfuge , Vouloit entre eux et nous le glaive seul pour juge, Ce peuple n'a jamais montré tant de fureur : Pour lui Coriolan est un objet d'horreur, Et, s'il ne peut vous perdre, il ne se croit plus libre.
CORIOLAN
Jour fatal en effet et la honte du Tibre !
J'ai trop prédit dès-lors un sinistre avenir,
Et que de nos bienfaits on sauroit nous punir.
J'ai prévu tous nos maux : que n'a-t-on pu m'en croire!
L'ordre patricien n'eût pas flétri sa gloire.
Il voit, il voit trop tard l'orgueilleux tribunal
D'un pouvoir oppresseur effrayer le sénat.
Le peuple seul enfin de l'état est l'arbitre :
Ses llatteurs peuvent tout: point de rang, point de titre.