ACTE I, SCÈNE I. i
De services, d'exploits, qu'il ne mette en oubli, Si devant ses tribuns on ne rampe avili ; Et quiconque soutient la dijjiiitë romaine, Quoi qu'il fasse pour Rome, est l'objet de leur haine. Vous en voyez l'exemple: autour de nos remparts Le Volsque ose porter ses hardis étendards ; Le moment du péril est celui du courage ; Le mien du nom romain vouloit venger l'outrage; Je crus pouvoir briguer l'honneur du consulat; J'en aimois le danger, j'en oubliois l'éclat; Je n'y vis qu'un chemin pour chercher la victoire, Et mon ambition fut l'amour de la gloire. Peut-être quelques droits autorisoient mes vœux : J'ai, dès mes premiers ans, rendu mon nom fameux; Des remparts d'Antium aux murs de Coriole, On craignoit mes destins et ceux du Capitole, Et de Coriolan le glorieux surnom A rehaussé le lustre acquis à ma maison. Ce TuUus, des Romains adversaire implacable, De mes heureux exploits rival infatigable, Trois fois en frémissant a succombé sous moi. Marcius est du Volsque et l'horreur et l'effroi. Eh bien! qu'ai-je obtenu? Le refus et l'offense. Des comices vendus l'aveugle préférence Sur mes obscurs rivaux a fait tomber leur choix. Telle est la multitude; et sans frein et sans lois, Injuste sans pudeur, et sans remords ingrate, Elle hait qui la sert, et chérit qui la flatte; Et, craignant son vengeur, aime mieux aujourd'hui Fuir sous d'indignes chefs que de vaincre avec îui.
igG CORIOLAN.
VOLUMNIUS
La suite en est cruelle, et Rome est trop punie.
Ses timides consuls, dégradant son génie,
Sont, dans un camp honteux, sous nos murs renfermés
CORIOLAN
Et voilà ces Romains à vaincre accoutumés!
Ainsi les factions dont Rome est déchirée
Arrêtent dans son vol l'aigle déshonorée,
Ah ! lorsqu'ils ont suivi Marcius au combat,
Qu'ils menaçoient le Volsque , et non pas le sénat;
Quand, par-tout le premier aux assauts, aux batailles.
Dépouillant lennemi forcé dans ses murailles,
J'abandonnois en proie à mes braves Romains
Tout ce que la victoire avoit mis dans mes mains ;
Quand , faisant tout pour eux. et pour la république ,
Je ne me réservois que la palme civique;
Alors tous nos soldats, riches de mes lauriers,
Heureux et triomphants revoyoient leurs foyers.
Les ingrats!... et c'est moi que leur fureur opprime,
Qu'ih ont juré de perdre!... Et quel est donc mon crim
Qu'ai-je donc fait enfin ? pour quel forfait si grand
!Me donnent-ils les noms d'ennemi , de tyran?
Dans Rome divisée une guerre intestine,
Digne fruit de leur rage , a produit la famine.
Tandis que le sénat, par un soin paternel,
Occupé d'écarter un fléau si cruel ,
Pi'omet à leurs besoins les moissons de Sicile,
Ces insensés, jouet d'un mensonge imbécile,
Sur la foi des tribuns, osent nous accuser
D'affamer les Romains pour les tyranniser.