‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 141 sur 216 · ACTE III, SCÈNE II ai · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II ai

Seul bien que m'ait laissé mon infortune extrême,

Ce nom , le plus beau don que m'avoit fait le sort,

Ce nom seul, je le sais, est l'arrêt de ma mort.

Mais serois-je en ces lieux, si j'avois pu la craindre^

A supporter le jour si j'ai pu me contraindre ,

C'est dans le seul espoir de venger mes douleurs.

Et de faire aux l'oniains expier mes malheurs.

Les Romains m'ont banni : le sénat, en silence,

A laissé des tribuns triompher l'insolence.

Je suis persécuté par de vils ennemis;

Je suis abandonné par de lâches amis.

Je t'offre contre Kome et ma main et ma haine.

A ton pays, à toi , ma vengeance m'enchaîne.

Si tu le veux , ce bras aux Volsques si fatal

Leur fera plus de bien qu'il ne leur fit de mal.

Si tu crois Marcius aux Volsques inutile,

Ne considère point les dieux ni cet asile,

Frappe : j'ai trop vécu.

TU LLUS.

Dans ce grand changement, A peine revenu d'un long étonnement, Je me rends, avant tout, à l'honneur qui m'engage. Et de ta sûreté te présente le gage.

Touche dans cette main, approche, et ne crains plus; Tes jours sont désormais confiés à Tullus. Je suis fier d'un dépôt si grand , si respectable. O brave .Marcius! du malheur qui t'accable Que ton cœur près de moi ne soit plus occupé; Tu iji'as cru généreux, tu ne t'es pas trompé. Conçois quelle surprise en mon ame a du naître.

ni8 CORIOLAN.

Juge sous cet habit si j'ai pu reconnoître

Un guerrier que souvent , au mépris du danger,

Dans l'horreur des combats j'osois envisager.

Je te rappelle ici ma défaite et ta gloire :

Coriolan sur moi remporta la victoire.

Lui-même il m en console et me venge aujourd'hui.

Et, s'il fut mon vainqueur, je deviens son appui.

C'est le jour de Tullus : c'est le seul avantage

Que le sort me gardoit sur un si grand courage.

Le seul que désormais on ne peut me ravir;

Je n'avois pu te vaincre, et pourrai te servir.

Mais comment des Romains l'injuste violence

A-t-elle à cet exil condamné ta vaillance?

Quel dieu, propice au Volsque, a pu les aveugler?

CORIOLAN

Laissons là mes affronts : je souffre d'en parler.

Puis-je, dans les transports où la fureur m'entraîne,

Perdre en de vains récits un temps cher à ma haine.

Gémir encor des maux qu'il me faut supporter?

Non : il faut les venger, et non les raconter.

Qu'il te suffise enfin «|ue ce peuple, en sa rage,

A pavé Marcius par l'exil et l'outrage ,

Que les Romains m'ont tous proscrit, déshonoré.

Que mon cœur est contre eux sans retour ulcéré.

Que leur perte est le vœu conçu dans ma colère,

Que l'ennemi de Rome est mon ami, mon frère.

Oui, c'est ce titre seul, je ne le cèle pas,

Qui d'abord dans ce camp guida vers toi mes pa.s.

Des peuples à qui Rome a paru redoutable,

l.p Volcqne e=t le pin? fier et le plus implacable .

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