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ACTE IV, SCÈNE V. 33i

Règ[le nos intérêts et préside au traité. Marcius en est digne, et Rome, à plus d'un titre, Entre le Volsque et nous le choisit pour arbitre. Elle oublie, à ce prix, sa faute et ses succès; Et le plus beau retour va payer vos bienfaits.

CORIOLAN

Je rends grâce aux bonté> dont je vois qu'on m'honore.

Coriolan, sans doute, est trop heureux encore

De reprendre chez vous le rang de citoyen;

Rien ne doit égaler un si précieux bien ;

Et si je me soumets aux devoirs qu'on me trace ,

Le grand Sicinius veut bien me faire grâce.

Certes, quoiqu'en vos murs Marcius ait vécu,

Tant de hauteur m'étonne, alors qu'on est vaincu.

Mais puisque ma justice on daigne s'en remettre,

Sachez donc à quel prix vous pouvez vous promettre

De fléchir le vainqueur et d'arrêter son bras.

Les Romains ont du Volsque envahi les états,

De ses champs usurpés accru leur territoire;

Vous abusiez ainsi du droit de la victoire.

Il ne demande rien que ce qu'il a perdu.

Je prétends, en son nom, que tout lui soit rendu;

Que, pour mieux étouffer ces jalouses querelles,

De la guerre entre vous semences éternelles,

Parmi vos citoyens le Volsque soit compté;

Que réunis ensemble avec égalité...

VOLUMNIUS

Juste ciel! d'un Romain est-ce là le langage?

Quel que soit en ces lieux le nœud qui vous engage,

Tous nos droits près de vous seroient-ils donc perdus?

232 CORIOLAN

Le Romain et le Volsque ensemble confondus!

Et c'est Coriolan, grands dieux! qui le propose !

Cette loi si honteuse, un Romain nous l'impose!

Il est donc vrai qu'enfin ce cœur envenimé

Est par la haine seule à jamais animé;

Que même en notre sang elle n'est pas éteinte!

J'ai cru que d'un affront la douloureuse atteinte

Avoit pour un moment égaré la valeur,

Et d'un premier transport j'excusois la chaleur.

Je me suis applaudi de voir Rome, plus juste,

Ouvrir encor les bras à ce proscrit auguste;

Et lorsque dans son sein tout l'invite à rentrer,

Au lieu de l'embrasser, il veut le déchirer!

COR lOLAN.

Quoi! par la liberté devenu plus sauvage.

Contre ses défenseurs ce peuple arme sa rage!

Et son féroce orgueil seroit sacré pour moi !

Son caprice insolent seroit encor ma loi !

Il faut, si j'en croyois lui préjugé frivole,

Chérir sa tyrannie, alors qu'elle m'immole!

Des nœuds qu'on a rompus suis-je encore enchaîné?

Qu'au nom de citoyen l'homme obscur soit borné;

Que de ce vain honneur son ame soit nourrie ;

Le grand homme par-tout rencontre une patrie,

Fait le sort d'un empire en lui prêtant son bras;

Il apporte la gloire, et ne la reçoit pas.

Les Romains sous leur joug se flattoient de m'abattre;

Ils osoient m'outrager : qu'ils viennent me combattre.

J'ai bravé leurs tribuns, j'ai vaincu leurs soldats,

Et je sens qu'il est doux d'abaisser des ingrats.

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