‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 16 sur 216 · MARGUERITE, WARWICK · texte numérisé non relu

MARGUERITE, WARWICK

MARGUERITE

Mon approche en ces lieux est sans doute imprévue.

Vous êtes étonné qu'au sein de mon malheur

Je puisse sans frémir en aborder l'auteur:

Mais un motif pressant auprès de vous m'amène.

Je vous vois revenu des rives de la Seine;

Et sans doute vos soins achèvent le traité.

M'apprendre.'.-vous au moins quel espoir m'est resté?

Si l'on finit mes maux, si Louis s'intéresse

A la captivité d'une triste princesse?

Aux intérêts nouveaux, à vous seuls confiés.

Mon fils et mou époux sont-ils sacrifiés?

WARWICK

Vous saurez votre sort, il dépend de mon maître. Mais ce traité, madame, est incertain peut-être :

Un jour, vous le savez, apporte quelquefois D'étranges changements dans les projets des rois.

MARGUERITE

Edouard pourroit-il rejeter l'alliance Que lui-même par vous proposoit ù la France? On dit que dans son cœur l'amour le plus ardent Prend depuis quelques jours un suprême ascendant. Pourriez-vous l'ignorer?

WARWICK, à part.

Que faut-il que je pense?

A-t-il fait de ses feux éclater l'imprudence?

MARGUERITE

On dit plus, et peut-être allez-vous en douter; On dit que cet objet , qu'il eût du respecter, Devoit s'unir bientôt, par un nœud plus prospère, Au plus grand des guerriers qu'ait produits l'Angleterr A qui même Edouard doit toute sa grandeur; Qu'Edouard lâchement trahit son bienfaiteur; Que, pour prix de son zèle et d'une foi constante , Il lui ravit enfin sa femme et son amante. Ce sont là ses projets, ses vœux et son espoir; Et c'est Elisabeth qu'il épouse ce soir.

WARWICK

Elisabeth ! 6 ciel!... Non, je ne puis le croire. Le roi conserve encor quelque soin de sa gloire : On n'est pas à ce point lâche, perfide , ingrat; H ne veut point se perdre et lui-même et l'état. Il sait ce que je puis; il connoît mon courage : Edouard jusque-là n'a point poussé l'outrage ; Il ne l'a pas ose.

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