MARGUERITE, WARWICK
MARGUERITE
Mon approche en ces lieux est sans doute imprévue.
Vous êtes étonné qu'au sein de mon malheur
Je puisse sans frémir en aborder l'auteur:
Mais un motif pressant auprès de vous m'amène.
Je vous vois revenu des rives de la Seine;
Et sans doute vos soins achèvent le traité.
M'apprendre.'.-vous au moins quel espoir m'est resté?
Si l'on finit mes maux, si Louis s'intéresse
A la captivité d'une triste princesse?
Aux intérêts nouveaux, à vous seuls confiés.
Mon fils et mou époux sont-ils sacrifiés?
WARWICK
Vous saurez votre sort, il dépend de mon maître. Mais ce traité, madame, est incertain peut-être :
Un jour, vous le savez, apporte quelquefois D'étranges changements dans les projets des rois.
MARGUERITE
Edouard pourroit-il rejeter l'alliance Que lui-même par vous proposoit ù la France? On dit que dans son cœur l'amour le plus ardent Prend depuis quelques jours un suprême ascendant. Pourriez-vous l'ignorer?
WARWICK, à part.
Que faut-il que je pense?
A-t-il fait de ses feux éclater l'imprudence?
MARGUERITE
On dit plus, et peut-être allez-vous en douter; On dit que cet objet , qu'il eût du respecter, Devoit s'unir bientôt, par un nœud plus prospère, Au plus grand des guerriers qu'ait produits l'Angleterr A qui même Edouard doit toute sa grandeur; Qu'Edouard lâchement trahit son bienfaiteur; Que, pour prix de son zèle et d'une foi constante , Il lui ravit enfin sa femme et son amante. Ce sont là ses projets, ses vœux et son espoir; Et c'est Elisabeth qu'il épouse ce soir.
WARWICK
Elisabeth ! 6 ciel!... Non, je ne puis le croire. Le roi conserve encor quelque soin de sa gloire : On n'est pas à ce point lâche, perfide , ingrat; H ne veut point se perdre et lui-même et l'état. Il sait ce que je puis; il connoît mon courage : Edouard jusque-là n'a point poussé l'outrage ; Il ne l'a pas ose.