ICILIUS, VALÉRIUS
VALÉRIUS
Dans un jour solennel à l'hymen consacré, Lorsque déjà pour vous l'autel est préparé, Lorsqu'à tant de rivaux que sa gloire humilie L'heureux Icilius enlève Virginie, Pardonnez au devoir qui, m'appelant vers vous, Vous distrait un moment d'un triomphe si doux. Il s'agit de l'état : quelque soin qui vous presse. Quoi qu'exige de vous une juste tendresse. Votre cœur m'est connu; l'hymen et ses douceurs Y laissent place encore aux publiques douleurs. Rome, dans les apprêts d'une pompe si chère,
Ne vous fait point entendre une plainte étrangère;
Et quoique Icilius, ennemi du sénat,
Soit ici de tout temps l'âme du tribunat,
L'opprobre qui flétrit la liberté romaine
Doit dans les deux partis suspendre au moins la haine.
C'est le même intérêt qui doit nous rassembler;
C'est au nom du sénat que je viens vous parler.
ICILIUS
Vous me rendez justice, et vous avez dû croire
Que ce cœur en tout temps aime Rome et la gloire;
Que , malgré les douceurs du plus tendre lien ,
Et l'amant et l'époux cèdent au citoyen.
Né pour l'égalité, né pour la république,
Il est vrai, j'ai haï ce sénat despotique.
Qui foule un peuple libre, en proie à ses hauteurs;
Tribun j'ai combattu l'orgueil des sénateurs.
Mais je n'ai point en vous rencontré d'adversaire :
Toujours Valérius s'est montré populaire.
A vos nobles aïeux, dignes soutiens des lois,
Rome et la liberté doivent leurs pins beaux droits.
Le peuple espère en vous quand le sénat l'accable;
Votre nom près de lui fut toujours favorable.
D'un si grand intérêt venant m'entretenir.
De moi ^ alérius pourra tout obtenir.
Je ne puis cependant lui cacher ma surprise :
A traiter avec moi le sénat l'autorise!
Quoi ! sous les décemvirs deux ans anéanti ,
Le sénat du silence est donc enfin sorti?
Qui l'a pu convoquer? de quel droit, à quel titre'
Seul de Tétat entier Appius est l'arbitre: