ACTE I, SCÈNE I. a
Lorsqu'au fer des Sabiiis avec peine arrachés, Ses collègues vaincus dans leur camp sont cachés, Il domine en tyran dans Rome consternée, Remplit de ses licteurs la place abandonnée. H n'est plus ni tribuns, ni consuls , ni sénat : Tout pouvoir a fini sous le décemvirat. La tribune est muette, et Rome est asservie.
VALÉRIUS
Et voilà de quels maux la discorde est suivie; De nos divisions voilà les fruits amers. Hélas! trop vainement j'ai prévu ces revers. Que n'ai-je pu calmer ces jalouses querelles, Ces débats factieux, ces luttes éternelles. Où d'une et d'autre part on s est précipité Dans l'abus du pouvoir ou de la liberté; Où nul des deux partis n'a connu la balance Ni de l'autorité ni de l'obéissance!
Enfin, pour s'accorder, d'une commune voix Les Romains à la Grèce ont demandé des lois. Rome, pour élever cet auguste édifice, De tout autre pouvoir suspendant l'e.xercice, Créa des décemvirs, et sur eux, à-la-fois, Des tribuns, des consuls, réunit tous les droits. Un an devoit finir l'ouvrage et leur puissance ; Mais toujours ennemis, toujours en défiance, Des deux ordres rivaux, le peuple et le sénat. L'un craignant les consuls , l'autre le tribunat, Des décemvirs encore ont prolongé l'empire. Contre elle-même, hélas! ainsi Rome conspire. C'est ain«i qu Appius vit notre propre main
A son ambition aplanir le chemin ;
Ainsi de commander la flatteuse habitude,
Et de l'art des tyrans la criminelle étude.
Ses collègues par lui soumis ou corrompus,
Nos jeunes sénateurs à ses desseins vendus,
Qui pensent ramener, grâce à la tyrannie,
Dans l'absence des lois la licence impunie,
Ont prépare le joug dont on veut nous flétrir,
Que même sous ses rois Rome n'a pu souffrir!
Et tandis qu'on l'opprime et qu'Appius y règne.
L'ennemi rassuré l'insulte et la dédaigne.
J'en rougis... Les Latins si souvent terrassés.
Relevant leurs drapeaux tant de fois renversés.
Ont vu fuir devant eux notre aigle et nos cohortes;
L'étendard des Sabins a menacé nos portes;
Et nos p-uerrier^ l'ont vu sans honte et sans fureur! •j
Dans les forêts d'Algide ils cachent leur terreur, Trop heureux, au danger d'une défaite entière, D'opposer de leur camp la timide barrière.
ICILITJS.
Dans notre abaissement, étes-vous donc surpris Que Rome à ses sujets inspire le mépris? Peut-elle commander quand elle est à la chaîne? Esclave dans ses murs, être ailleurs souveraine? N'accusez pas en vain le peuple et les soldats; Ils ont le même cœur, ils ont le même bras. Mais pour qui triompher, s'il n'est plus de patrie? Si la gloire, seigneur, qu'ils ont toujours chérie. Si la victoire enfin abandonne leurs rangs, C'est qu'ils n'ont pas voulu vaincre pour des tyrans