ACTE II, SCÈNE III
Quà Force de bassesse et de cupidité,
Celle qui de son lait nourrit jadis ma fille
Porte aujourd'hui l'horreur au sein de ma famille?
Dans un complot infâme ils peuvent tous tremper;
Tous on peut les séduire, ils peuvent tous tromper.
Mais moi , mais moi ! jamais... je le sens, je suis mère;
C'est ma fille , c'est elle... Ah! d'une enfant si chère,
Dans mon sein déchiré, je ressens les douleurs;
Oui, c'est mon sang qui crie et répond à ses pleurs.
Et l'on pourroit douter !. . . Qu'ils paroissent , qu'ils viennent
Ces monstres imposteurs! Qu'à mes yeu.K ils soutiennent
Les mensonges qu'en vain l'on pense garantir;
Qu'ils bravent une mère, et l'osent démentir!
APPIDS.
Madame, j'y consens : votre demande est juste. C'est à ce tribunal, sous ce portique auguste, Qu'Appius, exerçant le plus beau de ses droits, Rend justice aux Romains gouvernés par ses lois: F.t, dût leur équité vous devenir contraire. D'un devoir si sacré rien ne peut me distraire. Claudius comme vous a droit de m'en presser, Madame; il va paroître, et je vais prononcer.
ICILIUS
(à Plaiitie, à part. ) Prononcer! Non, seigneur. Vous vous perdez, madame; C'est un complot formé, j'en reconnois la trame.
(à Appius.) Laissez-moi lui parler. Quoi donc! oubliez-vous Que son père est absent et qu'il combat pour nous? Jugerez- vous la fille eu l'absence du père?
Un intérêt si grand commande qu'on diffère.
Que seroit donc, grands dieux! un citoyen romain.
Si, tandis que l'état ailleurs arme sa main,
On pouvoit décider du sort de sa famille ,
Déshonorer son sang, et lui ravir sa fille?
Sous ces lois qu'Appius nous vante à tout moment
Serions-nous donc réduits à tant d'abaissement?
Quoi que sur Virginie on ose ici prétendre,
Qu'on appelle son père, il viendra la défendre.
Il est au mont Algide; et du péril instruit
Il peut dans nos remparts entrer dès cette nuit.
C'est lui qui de sa fille est l'appui nécessaire,
Lui qui de Claudius est le juste adversaire;
Lui qui peut le confondre, et percer d'un œil sûr
Les noires profondeurs de ce complot obscur.
Rassurer l'innocence et lui prêter des armes;
Et l'amour maternel, hélas! n'a que des larmes.
Je parle au nom d'un père, et jure qu'aujourd'hui
Je ne souffrirai point qu'on prononce sans lui.
APPi us.
Icilius oublie, en tenant ce langage.
Qu'il offense un pouvoir dont je sais faire usage. Et que c'est à moi seul de régler à mon choix L'instant de faire agir l'autorité des lois. Mais puisqu'il s'est armé d'un nom que je révère, Qu'il atteste les droits d'un citoyen , d'un père, Ces droits dont les Romains m'ont fait le protecteur : Avitant il a voulu déployer de hauteur. Autant je veux montrer d'égards et d'indulgenco Oui, de Virgiuius j'attendrai la présence.