ACTE II, SCENE III
Que j'ai de Claudius, dont l'aspect vous offense, A vous , à Virginie , épargné la présence. L'intérêt que son sexe ajoute à ses malheurs IN'a pas même besoin du charme de ses pleurs. Mais c'est le devoir seul qu'ici je considère. Claudius a subi mon examen sévère; J'allois, n'en doutez point, venger avec éclat. Même sur mon client, cet étrange attentat: Mais , je vous porte, hélas ! de cruelles bles.sures; Il vient de me dosner les preuves les plus sûres...
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Qu'entends-je ! 6 ciel!
ICILIUS
Des preuves ! lui ! grands dieux !
APPIUS
Des témoins non suspects, par de libres aveux, Confirment son récit...
PLAUTIE.
Leur impudence extrême...
APPIUS
De Virginie enfin la nourrice elle-même...
PLAUTIE.
Barcé?...
APPIUS
Vient d'avouer l'échange criminel Qui creusa sous vos pas ce piège si cruel. Votre fille en ses bras par la mort fut frappée; Elle en offrit une autre à votre amour trompée ,
De qui la mère alors servoit chez Ciaudius.
Cette esclave a tout dit.
Ma mère! Icilius!
Est-il vrai? Que deviens-je! O destinée affreuse! Ai-je donc mérité d'être si malheureuse?
PL AUTIE.
L'étonnement, l'horreur et la rage à-la-fois Ont troublé ma raison, ont étouffé ma voix. Quoi! l'on ose... ! Ah , ma fille!
Hélas! la suis-je encore?
PLAUTIE.
Si tu l'es ! Vainement des traîtres que j'abhorre , Des monstres...
APPIUS
Votre amour veut en vain s'abuser; A de pareils témoins que peut-on opposer?
PLAUTIE.
A l'audace du crime et de la calomnie
Ce que j'oppose , ô ciel ! Mon cœur et V^irginie,
Les cris du désespoir en mon ame élevés,
Et d'indignation tous mes sens soulevés;
Ses larmes, mes transports, et ce grand caractère
Que la nature imprime aux douleurs d'une mère,
Ce sentiment sublime, invincible , éternel,
Qui n'a jamais menti dans un cœur maternel.
Et que m'importe à moi qu'à force d'artifice
On ait pu cimenter tout ce vil édifice
De mensonge, de fraude et de perversité?