‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 189 sur 216 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

APPIUS, SPURIUS; moteurs, dans le fond.

APPIUS

Approche, d'.Vppius le collègue et l'ami. Fidèle Spurius : à mes vœux tout succède ; Encor quelques instants , et mou amour possède

\Lï\\ II, 6 ci: Mi V. .81

Le seul bu n qui nianquoit à ce cœur cutlamni»^ Ce cœur ambitieux, (jui n'avoit rien aimé, Avec tant de fureur l)rùle pour Virginie Que sans elle je hais et mon rang et la vie; Islle doit être à moi. Rome n'a point encor linfermé dans ses murs fie plus rare trésor. Ah! pour rompre les nœuds de son hymen funeste, '^ Pour l'arracher ici des mains que je déteste. Toi seul le sais, combien ai-je tenté d'efforts. Combien ima^fine de pièges, de ressorts. Cachant toujours la main qui devoit les conduire! L'amour peut tout oser, et l'or peut tout séduire. Claudius et Barcé ne peuvent désormais Revenir sur leurs pas sans se perdre à jamais . Et leur fidélité captive, assujettie, Par leurs propres périls m'est trop bien .garantie.

Il est vrai; mais l'horreur est dans tous les esprits, Kt peut-être, seigneur, on a trop entrepris. C'est votre intérêt seul qui m'anime et m'éclaire; Vous connoissez pour vous mon dévouement sincère. Je vous dois tout; je sais que la main d'Appius Au rang de décemvir a porté Spurius :

Revêtus d'un pouvoir dont lîomc est effrayée, Trop sûrs que leur fortune à la vôtre est liée, Vos collègues eu tout vous doivent leur appui. -Nos dangers sont communs, et je vois qu'aujourd'hui Un si terrible éclat remplit les cœurs d'alarmes. On s'intéresse au sort d'une famille en larmes ; On la plaint, on murmure..,

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APPIUS

Et tu crains les clameur^ D'une foule tremblante à l'aspect des licteurs! Qu'importe un vain courroux qui ne peut nous atteindre? Va, le peuple, sans chef, ne fut jamais à craindre. L'autorité, la force est toute dans nos mains; La loi, ce nom si grand, sacré chez les Romais, Elève autour de nous un rempart qu'on révère. Ah! s'il n'en eût fallu respecter la barrière, Oui, malgré la hauteur d'un cœur tel que le mien . Nourri de tout l'orgueil du sang patricien , Appius eût flétri son rang et sa famille , Et d'un vil plébéien eût demandé la lille. J'en rougis. Mais des lois le pouvoir souverain, Que le décemvirat a gravé sur l'airain, Défendoit cet hymen, et parmi nous condamne Du peuple avec les grands l'alliance profane. Je vis Icilius, ce tribun sourcilleux, D'Appius en tout temps concurrent orgueilleux, Dont Rome libre encore adora le génie, Lui que je hais autant que j'aime Virginie, Je le vis, s'enivrant d'un triomphe assuré. Prêt à ravir l'objet dans mon cœur adoré. Je jurai de briser cette odieuse chaîne, Et mon amour s'accrut, attisé par la haine; D'autant plus furieux qu'il faut le renfermer, Que même en ce moment, forcé de l'opprimer, Je détournois mes yeux attirés jiar ses charmes. Et sans cesse Iremblois de regarder ses larmes. Mais l'instant n'est pas loin où ce cœur déchiré

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