ACTE II, SCENE \ 26.i
Est.de tant de contrainte à jamais délivré. Ce jour, ce jour passé, d'elle enfui je dispose: Elle est à mon client; et penses-tu qu'elle ose , •Esclave abandonnée au.K fers de Claudius, Opposer un refus à l'amour d'Appius?
SPURIUS
Je dois vous l'avouer : je crains sur-tout son père.
Cette austère fierté, ce mâle caractère.
Au bruit d'un tel danger que n'osera-t-il pas?
A PPIUS.
Mes collègues au camp arrêteront ses pas : Septime va porter cet ordre nécessaire.
SPURIUS
Et croyez-vous , seigneur, qu'un si grand adversaire Soit parmi les soldats moins à craindre pour nous? Le camp va retentir des cris de son courroux. Quel pouvoir retiendroit la nature captive? La haine autour de nous éveillée, attentive , N'attend, vous le savez, que l'instant d'éclater Impatient du joug qu'il fit long-temps porter, Le sénat, frémissant de colère et de honte. Veut de notre pouvoir nous redemander compte : Déjà les plus hardis, qu'il faudroit contenir. Ont chez Valérius osé se réunir.
A l' PI us.
Il a fait plus encore, et chez moi son audace M'a tantôt du sénat apporté la menace.
Ce corps ambitieux, qui doit dans Appius Haïr l'autorité que lui-même il n'a plus , A cru pouvoir sur moi léclamer quelque empire.
•>84 VIRGIMK.
Comme si j'iguorois l'intérêt qui l'inspire,
Comme si j'oubliois que son plus grand appui,
Mon père, fut jadis abandonné par lui.
Ce grand homme opprimé, cette illustre victime.
Qui devoit en attendre un secours légitime,
Aux tribuns fucieux vit soumetti'e son sort,
Kt ne leur échappa qu'en se donnant la mort.
Ah! je hais à-la-fois et ce sénat perfide,
Traître envers ses soutiens, du pouvoir seul avide,
Et d'un peuple inquiet l'indocile fureur :
Tous deux également ils me sont en horreur.
De leurs divisions ma grandeur est l'ouvrage.
Ils se sont imposé le joug de l'esclavage ;
Ils m'ont mis dans mon rang, je dois m'v maintenii
S'ils n'ont su commander, qu'ils sachent obéir.
Leur haine me menace, et la mienne les bravr-.
Il faut être , crois-moi , leur maître ou leur esclave :
Mon cœur sur un tel choix n'a jamais hésité
Non , je ne perdrai pas ce qui m'a tant coûté.
F^a vengeance, l'amour, l'empire, et Virginie.
Voilà les droits, les biens où j'attache ma vie;
Kt si tu me connois, ami , peux-tu penser
Que jamais Appius v puisse renoncer?