SCÈNE I
ICILIUS
Oui, je l'ai démêlé ce cœur sombre et féroce;
Oui, l'amour y domine et le rend plus atroce.
Peut-être à d'autres yeux il pouvoit échapper;
Mais les yeux d'un amanl ne sauroient s'y tromper
■Vai tout vu, j'ai surpris ses secrets dans son ame.
Voilà, voilà le nœud de cette hornble trame:
Ces témoins subornés, par avance séduits,
Ces mystères du crime , avec tant d'art conduits,
Sont de la passion le ténébreux ouvrage;
Elle croit, unissant l'artifice à la rage.
Se cacher dans la nuit de ses affreux projets:
L'amour au cœur d'un monstre enfante les forfaits.
Il faut déconcerter les ressorts qu'il invente.
Apporter dans cette ame un jour qui l'épouvante.
En vain à tous les yeux il se croit dérobé,
Et le crime frémit quand son masque est tombé.
Le péril est pressant, l'attentat est horrible :
Il faut risquer ici l'éclat le plus terrible.
Peut-être qu'aux iSomains, trop lents à s'émouvoir.
Ce jour va révéler leurs droits et leur devoir,
■iS6 VIRGINIE.
Au (lécemvir sa honte et son ignominie.
Il nous croit subjugues par son puissant génie;
Législateur superbe, il pense qu'aujourd'hui
Le respect pour ses lois s'étendra jusqu'à lui.
Qu'il apprenne de moi la vérité sévère ,
Et ce que Rome pense, et ce qu'elle peut faire.
Je puis périr sans doute en osant le braver;
Mais c'est en risquant tout que l'on peut tout sauver.
Nature, hymen, amour, à droit sacré de l'homme!
O sainte liberté, divinité de Rome!
Vous remplissez ce cœur, incapable d'effroi;
Et je sens qu'.4ppius peut trembler devant moi.
Mais le voici.