ACTE IV, SCÈNE II. Soi
Rappelez ma raison confondue.
Mon père, quel pouvoir à vos bras m'a rendue? Qui m'a pu dérober à tant d'objets affreux? . JHélas! je crois sortir d'un songe douloureux. 1 CI L I u s.
De ce palais impur mon bras t'a retirée.
Icilius, c'est toi, toi qui m'as délivrée ! îSe reverrai-je plus ces farouches licteurs, Ces ennemis pervers, ces monstres imposteurs; Ce traître Claudius, ce tribunal horrible, Cet Appius encore à mes yeux plus terrible?
VI GIN lus.
Tu vois Virginius, tu vois ton père.
Hélas !
Que cet instant m'est doux! serrez-moi dans vos bras Pressez sur votre sein ce coeur tendre et fidèle ; Sentez-le palpiter sous la main paternelle. Et savez- vous quels maux dans ce cœur désolé...'^
Menés m'a tout appris; j'ai couru, j'ai volé. Je rentrois dans ces murs, tout plein de mou outrage Tout ce qui devant moi s'offre sur mon passage 'Me frappe à chaque instant d'une nouvelle horreur; La nuit qui m'environne augmente ma terreur. Un bruit tumultueux, les flambeaux et les armes. Le désordre, les cris, le trouble et les alarmes Me suivent dans ces lieux, au pied de ces autels,.
3o4 VIRGINIE.
Au sein de mes foyers, où les dieux immortels
Atten loieiit les serments du plus saint hyménée,
Hier, hier encor j'ai cru cette journée
Celle de ton bonheur, de ma félicité;
Et pour premier objet à mes yeux présenté,
Je revois dans les pleurs une fille si chère,
Et , prête à succomber dans les bras de sa mère !
Suis-je dans Rome, ô ciel! et suis-je encor Romain?
Est-ce là notre sort? Quoi ! tandis que ma main
Contre nos ennemis combat pour la patrie,
De cet affront sanglant ma famille ejt flétrie !
Qui donc peut le souffrir, et quels cœurs assez bas
Sans indignation verroient ces attentats?
PLADTIE.
En est-il qu'Appius aujourd'hui ne médite? La coupable Barcé , par ses présents séduite , A son indigne amour ce Claudius vendu...
ViR GI.MUS.
Qu'entends-je? A chaque mot je reste confondu.
Tu t'es trompé, tyran : la rage qui t'anime,
Avant de triompher, me prendra pour victime.
Tu ne sais pas encor quel est Virginius ;
Et certes les Romains me sont bien mal connus ,
Si l'on tolère en toi l'infâme tyrannie
Qui jadis dans Tarqnin ne fut pas impunie.
Oui, quoi(}ue dans ces murs nos bras soient désarmés,
La vengeance est une arme au cœur des opprimés.
L'excès des attentats en est souvent le terme.
ICIMDS.
Je vois que dans son sein Rome du moins renferme