MARGUERITE, NEVIL
MARGUERITE
Tout semble confirmer l'espoir dont je me flatte : Entre mes ennemis déjà la haine éclate : Warwick est furieux, et mon adresse encor A su de son courroux échauffer le transport. Je saurai faire plus; je saurai le conduire. J'ai frémi d'un projet dont on vient de m'instruire. Il veut voir Edouard : ce fatal entretien Pourroit anéantir mon espoir et le sien. Le comte est violent, et sa superbe audace Brûle de prodiguer l'injure et la menace : Mais contre un ennemi c'est peu de s'emporter; Je veux qu'il le détruise au lieu de l'insulter. Et ne se livre pas, dans sa fière imprudence, Au plaisir dangereux d'annoncer la vengeance.
NEVIL
Peut-il, de vos amis à peine secondé, Renverser un pouvoir que lui-même a fondé?
MARGUERITE
Va, pour renouveler uos sanglantes querelles.
Un souffle peut encor tirer des étincelles Du feu qui vit sans cesse au sein de ces climats, Et qu'ont nourri trente ans de haine et de combats. Oui, de Lancastre ici le parti peut renaître. Ce dangereux sénat qui veut parler en maître. Mais qui, du plus heureux suivant toujours la loi , Trembloit devant Warwick en proscrivant son roi. Qui n'a su qu'outrager une reine impuissante, Fléchira devant moi, s'il me voit triomphante. Le farouche Écossois, que l'on veut opprimer, Qui contre ses tyrans est tout prêt à s'armer. Et du haut de ses monts, contre un joug qui l'offense. Lutte et défend encor sa fière indépendance; Ce peuple qu'en secret je soulève aujourd'hui, A mes justes desseins prêtera son appui.