N EV I L
Mais l'Anglois fatigué de discorde et de guerre...
-MARGUERITE
L'Anglois ne peut goûter qu'une paix passagère. Ne crois pas qu'Edouard triomphe impunément : Mets-toi devant les yeux l'affreux enchaînemeut De meurtres, de forfaits, dont Ili guerre civile A, depuis si long-temps, épouvanté cette île; Songe au sang dont nos yeux ont vu couler des flots, Sous le fer des soldats, sous le fer des bourreaux; Vois d'un deuil éternel l'Angleteri-e couverte. Ou d'un père ou d'un fils chacun pleure la perte; Tous nés pour la vengeance en nourrissent l'espoir, Et pour eu.x en naissant c'est le premier devoir. One {(' dirai-jc enfin' le sang et le ravage
Ont endurci ce peuple, ont irrité sa rage, Et, par de lomjs combats au carnage exercé. Il conserve la soif du sang qu'il a versé.
NE VIL
Ainsi donc, de Warwick si long-temps ennemie. L'intérêt vous rapproche et vous réconcilie. Votre cœur, engagé dans ses nouveaux projets, Auroit-il oublie les maux qu'il vous a faits?
MARGUERITE. •
Non. J'ai par le malheur appris à me contraindre, Je sais cacher ma haine, et ne sais point léteindie. Si Warwick aujourd'hui, pour se venger du roi, Veut relever Lancastre, et s'unir avec moi. Je sais apprécier ce retour politique.
Je ne souffrirai point qu'un sujet despotique. De l'état avili bravant toutes les lois, Ait le droit insolent d'épouvanter ses rois, îîi qu'en servant son maître il apprenne à lui nuire Edouard aujourd'hui suffit pour m'en instruire. Je ne puis oublier cet exemple récent; Et je sais comme on traite un sujet trop puissant. Mais on vient, et Warwick sans doute ici s'avance C'est le roi : viens, Nevil; évitons sa présence.