‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 4 sur 216 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Il attendoit sa main...

JVEVIL.

Eh bien?

MARGUERITE

Des nœuds secrets Ce soir au jeune Yorck l'enchaînent pour jamais, Et le peuple, étonné de sa grandeur soudaine, Apprendra cet hymen en connoissant sa reine,

NEVII-.

O c!el! que dites-vous? Eh quoi! lorsque aujourd'hui Il brigue des Français l'alliance et l'appui, Lorsque, pour en donner une éclatante marque, Il offre d'épouser la sœur de leur monarque , Que Warwick, en un mot, chargé de ce traité, Aux rives de la Seine est encore arrêté, L'imprudent Edouard , par un double parjure, Prépare à tous les deux cette sanglante injure?

MARGUERITE

Oui, ce prince entraîné par cet amour fatal

Est de son bienfaiteur devenu le rival.

En vain Elisabeth, que cet hymen accable,

Voudroit en rejeter la chaîne insupportable;

Un père ambitieux, insensible à ses pleurs,

Va la sacrifier à l'attrait des grandeurs ;

Et sa fille aujourd'hui, victime couronnée.

Attend en frémissant ce funeste hyménée.

Voilà ce que j'ai su : des amis vigilants

Ont surpris ces secrets cachés aux courtisans.

Penses-tu que Warwick, tout plein de sa tendresse,

Se laisse impunément enlever sa maîtresse?

10 LE COiMïE DE WARWICK.

Se verra-t-il en butte au mépris des deux cours, Sans venger à-la-fois sa gloire et ses amours? Connois-tu de Warwick l'impétueuse audace? Ce guerrier si terrible, auteur de ma disgrâce, Ce héros si vanté, dont les vaillantes mains Ont fait en ces climats le sort des souverains, Est orgueilleux, jaloux, fier autant qu'invincible; Son cœur est généreux, mais il est inflexible.

11 dédaigne le trône, il se croit au-dessus De ces rois par son bras protégés ou vaincus. Tu le verras bientôt, aigri d'un tel outrage, S'élever avec moi contre son propre ouvrage. Arracher mon époux à la captivité; Et, signalant pour moi son courage irrité, M'aider à ranimer, après tant de désastres, Les restes expirants du parti des Lancastres, Écraser Edouard après l'avoir servi ,

Et me rendre à-la-fois tout ce qu'il m'a ravi.

Ou bien , si de Warwick la valeur fortunée

Ne pouvoit rien ici contre ma destinée,

Je goûterai du moins ce plaisir consolant

De voir mes ennemis, l'un l'autre s'accablant,

Victimes d'une guerre à tous les deux funeste,

Répandre sous mes yeux un sang que je déteste;

Et, des maux qu'ils m'ont faits se disputant les fruits,

Peut-être tous les deux l'un par l'autre détruits.

NEVIL

Vous allez, dans l'ardeur qui toujours vous dévore, En de nouveaux périls vous engager encore: Vous allez tout braver, pour servir un époux

Page 1