ACTE 1, SCENE I. i i
Iiuligne également et du trône et de vous.
M AROU En ITE.
Ilélas! de son malheur ne lui fais point un crime.
Je sais qu'il s'endormit sur le bord de l'ahyme :
Le sceptre qu'il portoit a fatigué son bras;
Il me laisse à venger des maux qu'il ne sent pas.
Se livrant à son sort en esclave timide,
Incessamment plongé dans un calme stujiide,
Il paroît ne sentir, dans sa triste langueur.
Ni le poids de ses fers, ni l'orgueil du vainqueur.
Eh bien ! c'est donc ù moi de laver son injure,
De soutenir ce rang que sa foiblesse abjure.
Eh! que dis-je! mon fils, l'idole de mon cœur,
M'offre de mes travaux un prix assez flatteur.
Si ma main le replace au trône de son père,
Cn jour il connoîtra ce qu'il doit à sa mère.
De combien de périls j'ai su le garantir!
Ce jour, ce jour , hélas ! me fait encor frémir,
Où, d'un cruel vainqueur évitant la poursuite,
Seule, et dans les forêts précipitant ma fuite.
Égarée, éperdue, et mon fils dans mes bras.
De moments en moments j'aîtendois le trépas,
Un brigand se présente, et son avide joie
Brille dans ses regards à l'aspect de sa proie :
Il est prêt à frapper. Je restai sans frayeur :
Un espoir imprévu vint ranimer mon cœur;
Sans guide, sans secours dans ce lieu solitaire,
Je crus, j'osai dans lui voir un dieu tutélaire.
Tiens, approche, lui dis-je en lui montrant mon (il>,
Ou'à peine soutenoient mes bras aj)pesantis,
Ose sauver ton prince, ose sauver sa mère... J'étonnai, j'attendris ce mortel sanguinaire; Mon intrépidité le rendit généreux.
Le ciel veilloit alors sur mon fils malheureux, Ou bien le front des rois que le destin accable , Sous les traits du malheur semble plus respectable. Suivez-moi, me dit-il; et, le fer à la main, Portant mon fils de l'autre, il me fraie un chemin ; Et ce mortel abject, tout fier de son ouvrage, Sembloil en me sauvant égaler mon courage.
NE VIL
Ces périls retracés dans votre souvenir Présagent à ce fils un brillant avenir. D'orages, de revers une enfance assiégée. Par le ciel poursuivie et par lui protégée, A des traits si frappants fait connoître un mortel, Objet des soins marqués d'un pouvoir éternel, Et qui , sûr de sa route et bravant les obstacles, Doit du ciel qui le guide attendre des miracles. C'en étoit un sans doute alors qu'au fond des bois Un brigand conserva l'héritier de nos rois : Il va vous en coiîter peut-être davantage Pour ravir son enfance aux fers de 1 esclavage. Edouard craint un nom chéri dans ces climats : Les cœurs ambitieux ne s'attendrissent pas.
MARGUERITE
Le traité qu'aujourd'hui l'on fait avec la France Doit de ma liberté me donner l'espérance. Je vais voir Edouard, je sais qu'il a promis De fixer ma rançon et celle de mon fils