SCÈNE f
M. DE FAUBLAS, madame DE FAUBLAS.
M. DE FAUBLAS
Non, madame; en un mot, c'est trop me résister. J'ai pesé mes projets, je m'y dois arrêter. Pouvez- vous les blâmer? Ma fortune est bornée. Ou offre à votre fils un brillant hy menée, L'espoir d'un régiment et d'un rang à la cour; Dois-je seul m'opposer au bonheur de Melcour? Avec cette alliance , à tout on peut prétendre; Et ne voyez- vous pas ce que j'en dois attendre, Que bientôt dans les camj s je puis voir illustré Un nom qui dans la robe est déjà décoré? Le premier pas suffit, tout en dépend peut-être; Et le point important est d'approcher du maître. Voulez-vous de mou fds retarder le destin? A ce grand intérêt tout doit céder enfin. Ce n'est pas, après tout, un si grand sacrifice. Mélanie, au couvent depuis deux ans novice,
74 MÉLANIE
Formée à la retraite en ses plus jeunes ans,
Sembloit en avoir pris les goûts, les sentiments.
Au plan que j'ai suivi se prêtant par avance.
Elle nous demandoit le voile avec instance,
Et dans le cloître alors trouvant tous ses plaisirs,
Y vouloit pour Jamais enfermer ses désirs.
D'où naît le chan>jement qu'aujourd'hui l'on m'annon
A ses premiers desseins d'où vient qu'elle renonce?
S'il faut vous déclarer ce que j'en crois ici.
Votre parent Monval l'a fajt changer ainsi.
Devant elle jamais il n'auroit dû paroître :
C'est grâce à vos bontés qu'il a pu la connoître,
Et c'est bien malgré moi, je le dis entre nous.
Que Monval au couvent la voyoit avec vous.
Mme DE FAUBLAS.
Je n'ai pu refuser cette faveur légère
A la tendre amitié qui m'attache à sa mère.
Au sang qui nous unit : ce jeune homme, d'ailleurs,
A le cœur noble et droit , a des vertus, des moeurs :
Il est impétueux, aisément il s'enflamme,
Et toujours sans contrainte il laisse agir son ame.
Qui n'a rien de honteux dans le fond de son cœur
Ne craint point de l'ouvrir, et parle avec candeur.
C'est toujours devant moi qu'il a vu Mélanie,
Et dans tous ses discours régne la modestie.
Mais votre fille, hélas!... à ne vous rien cacher,
Je crois que son état a droit de vous toucher.
Soyez de vos enfants également le père;
K'immolez point la sœur pour agrandir le frère.
Si, dans ses premiers ans, les soins des jeunes sœurs