‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 54 sur 216 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Lui firent du couvent envier les douceurs. C'est une illusion qui passe avec l'enfance, Et j'ai pu voir depuis toute sa répugnance. Je vous en informai.

M. DE FAUBLAS

Ce changement léger Ne m'a jamais paru qu'un dégoût passager.

>ime DE FAUBLAS.

Vous avez en tout temps combattu mes alarmes.

De Mélanie enfin j'ai vu couler les larmes :

En vain j'en ai gémi , vous aviez décidé.

Toujours à vos désirs malgré moi j'ai cédé,

Je vous sacrifiai ma douleur maternelle :

Mais je vous l'avouerai, cette épreuve est cruelle.

Notre sang doit avoir de plus grands droits sur nous;

Mon cœur prendra toujours son parti contre vous.

Si mon époux enfin, sûr de ma complaisance,

Vouloit ne point user de toute sa puissance;

Tandis qu'il en est temps, s'il vouloit consentir

A révoquer l'arrêt dont il nous voit frémir.

Il verroil à ses pieds et la fille et la mère.

Ce spectacle touchant fait pour le cœur d'un père.

Ce plaisir généreux de sécher tant de pleurs,

N'a-t-il dore pas pour vous de plus pures douceurs

Que ces honneurs si vains dont l'image incertaine

Offre dans l'avenir une pompe lointaine,

Une grandeur frivole et soumise au hasard,

Qui souvent nous échappe, et vient toujours trop tard.

M. DE FAUBLAS

Tant d'obstination ne peut que me déplaire.

76 MÉLANIE

C'est combattre long-temps un parti nécessaire.

Votre fille aujourd'hui doit prononcer ses vœux;

Nos parents, nos amis sont mandés en ces lieux;

Pour la cérémonie ici tout se prépare.

Que pourroit-on penser d'un retour si bizarre?

De vos discours pourtant je ne suis point surpris:]

Je sais vos sentiments, vous n'aimez point mon fils;

Vous lui préféreriez le dernier de vos proches.

Jamais...

Mme DE FAUBLAS.

Je dois répondre à de pareils reproches. Melcour m'est cher, monsieur : si je me suis permis Déjuger ses défaut-, et si par mes avis J'ai voulu quelquefois changer son caractère , Je n'ai pas moins pour lui des sentiments de mère: Je les aurai toujours.

Je ne vous comprends pas.

Melcour est estimé, je vois qu'on on fait cas; Et vous permettrez bien qu'un père le seconde.

Mine DE FAUBLAS.

Oui, je crois qu'il pourra réussir dans le monde. H est dur et poli, c'est beaucoup; mais pourtant De son cœur jusqu'ici le mien n'est pas content. Je ne le crois, ni vrai , ni juste, ni sensible; A toute émotion il semble inaccessible; Il agit, parle , écoute avec un front égal, ISe croit jamais le bien et croit toujours le mal. Jimais, quand il vous parle, il ne regarde en face; Son coup d'œil vous évite, et son souris menace.

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