ACTE I, SCENE IV
Revenir sur ses pas, renverser son ouvrage ( Excusez un moment ce sinistre langage), Est un effort pénible et qui doit lui coûter : Mais nul obstacle ici ne sauroit m'arrêter. C'est à moi de fixer les yeux de votre père Sur des devoirs plus saints qu'il faut que l'on révère. Ma fille , Dieu n'admet dans ce séjour sacré Qu'une ame libre et calme et <]u'un cœur épuré. Il ne veut point qu'on mêle à de si saintes chaînes Le joug humiliant des passions humaines; Il ne veut que des cœurs que lui-même a choisis, Étrangers à la terre, et de lui seul remplis. Vous dont Tame sensible, au sein de l'innocence. Des penchants de votre âge a connu la puissance, Que Dieu n'appelle pas avec l'autorité Qui soumet nos désirs et notre volonté. C'est à d'autres vertus qu'il vous a destinée. Vous n'êtes point à vous, votre ame est enchaînée: Dieu ne recevroit point le tribut imposteur De serments démentis au fond de votre cœ.ur. Ne les prononcez pas : je dois vous le défendre.
M ÉLAME.
Eh ! comment à mon père oser me faire entendre?
Comment de son pouvoir aujourd'hui m'affranchir.
Et braver un courroux que rien ne peut fléchir?
M'exposer à sa haine, à sa haine immortelle!
Quel reproche il feroit à sa fille rebelle !
Je sens que j'ai donné des armes contre moi.
J*- frémis... Pardonnez... Vous voyez mon effroi.
94 MÉLANIE
C'est au ciel, c'est à vous qu'il faut que je m'adresse ;
Prévenez mes malheurs , soutenez ma foiblesse,
Ayez pitié d'un cœur qui ne peut se dompter
Qui ne peut obéir, qui ne peut résister.
Ma cause est dans vos mains, j'attends de vous la vie.
LE CURÉ
Rassurez-vous; ma voix, par Dieu même affermie, Réclamera des lois que l'on doit respecter. Dieu bénira mes soins, ou je dois m'en flatter. Mais dussé-je échouer, dût, malgré ma constance. Un crédit plus puissant vaincre ma résistance, Ah ! tout n'est pas perdu : vous êtes sous les yeux Du Dieu consolateur qui reste aux malheureux. Comptez sur mes secours : souffrez que ma présence Vous porte quelquefois une utile assistance. Vous aurez en tout temps , contre un sort ennemi, Le ciel et vos vertus, une mère, un ami.
MÉLANIE
Hélas ! ma destinée est donc bien déplorable! Avec tant de soutiens est-on si misérable? Je respire pourtant : j'ai confié du moins Mes secrets à votre ame, et mon sort à vos soins.
{Elle rentre