‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 67 sur 216 · MADAME DE FAUBLAS, MONVAL · texte numérisé non relu

MADAME DE FAUBLAS, MONVAL

M'ne DE FAUBLAS.

C'est vous qui dans ce lieu m'avez fait demander! Monval, en un tel jour, qu'osez-vous hasarder? Votre visite ici me semble téméraire; Sans doute à mon époux elle ne sauroit plaire. Vous le savez, il va rentrer dans un instant; Chez l'abLesse avec nous notre curé l'attend. K'appréhendez-vous pas...

M ON VAL

Et pourquoi me contraindre Qui n'a plus rieu à perdre a-t-il encore à craindre? L'aspect de votre époux ne peut m'intimider; Je n'ai plus avec lui de mesure à garder. Non, je ne lui saurois pardonner de ma vie; Il va sacrifier l'aimable Mélanie !

Il va livrer ses jours à d'éternels ennuis ! Et vous l'avez souHert! et vous l'avez permis!

Mine DE FAUBLAS.

Toujours votre douleur est trop impétueuse. Supposez-vous ma fille à ce point malheureuse? Oui von.> Ta dit, monsieur? et quel penchant si cher

MÊLA NIE. 97

Au monde qu'elle ignore auroit pu l'attacher? Son cœur avec le vôtre est-il d'intcllifjence? Vous abusez, Monval , de mon trop d'indulgence. Vous m'avez confié votre amour, vos projets; J'en aurois désiré de plus heureux effets: Vos sentiments sont purs, ils n'ont pu me déplaire, Et ma fille, sans doute, ainsi qu'à vous m'est chère. Mais vous la connoissez; elle sait son devoir, Et son père a sur elle un absolu pouvoir. Quand elle auroit enfin aperçu votre flamme, Vous êtes-vous flatté d'avoir fait sur son ame Assez d'impression pour croire qu'en ces lieux Son destin loin de vous soit à jamais affreux?

M ON VAL

Pouvez-vous me traiter avec tant d'injustice? Quand je suis au moment du plus cruel supplice, Pensez- vous que j'embrasse avec présomption Du bonheur d'être aimé la douce illusion ? Bien ne m'occupe ici, non rien que Mélanie. Il s'agit de son sort, il s'agit de sa vie, Et non pas d'un amour trop inutile, hélas! Je n'en parlerai plus, vous ne le voulez pas. Mais qu'elle ne soit point esclave, infortunée Vous la peignez en vain docile et résignée : Croyez que sur ce point on ne peut me tromper; Que rien à mes regards ne pouvoit échapper; Que j'ai vu de ses maux les secrètes atteintes, Et qu'au fond de mon cœur j'entends toujours ses plaitih Je n'en suis que trop sur, elle souffre et gémit. Vous-même (pardonnez), quoi que vous ayez dit.

98 MÉLANIE

Vous-même, je le vois, vous gémissez comme elle, Vous étouffez en vain la douleur maleruelle. Pourquoi vouloir tromper votre cœur et le xnien? Béunissons nos maux, qu'ils soient notre entretien. Un tyrannique époux vous défend d'être mère ; Khi soyez-le avec moi.

M»ne DE F A TJ P. L A S.

Que prétendez-vous faire?

Vous voyez mes chagrins; pourquoi donc les aigrir? Monval, mon cher Mon val , ils me feront mourir. De mon austère époux l'humeur est inflexible. A la fortune seule il se montre sensible; Elle est le seul objet dont il paroisse épris , Et le cœur est un mot qu'il n'a jamais compris. Non qu'il soit né méchant; il est dur et sévère; II l'est par son état et par son caractère; De raisons d'intérêt il est tout occupé, Et de tous nos chagrins il est bien peu frappé ; Il n'y voit rien qu'erreur, que foiblesse, inconstance : Ce n'est qu'à ses projets qu'il voit de l'importance. Autant qu'on le pouvoit je les ai combattus; Je m'y suis opposée ; et que puis-je de plus? Faut-il que la discorde entre nous se signale, Que je donne au public des scènes de scandale, Que je me fasse en vain de nombreux ennemis Dans un parti puissant qui protège mon fils? Mon fils!... à quel effort La douleur m'a forcée ! Devant lui, sans succès, je me suis abaissée. Je l'avois conjuré de parler pour sa sœur: Sa réponse équivoque et sa fausse douceur.

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