ACTE II, SCÈNE I. ^f
Ses protestations de zèle et de tendresses, Ses regrets affectés et ses froides promesses, M'ont inspiré pour lui dans cette occasion Plus de mépris encor que d'indignation.
Je n'ai rien obtenu, ni du fils, ni du père.
MON VAL
Le plus coupable encor, c'est cet indigne frère. Lui seul jouit du mal que pour lui l'on commet ; Son hymen , sa fortune est lo prix d'un forfait. Il s'enrichit des pleurs de sa sœur qu'on opprime; 'Et lui-même à l'autel il traîne la victime. Et c'est un frère! ô ciel! lui que vous implorez! £xiste-t-il des cœurs ainsi dénaturés?
Et vient-il contempler cette fête cruelle?
Mme DE FAUBLAS.
Ah! VOUS me rappelez une alarme nouvelle. D'Orcé doit s'y trouver, d'Orcé qui de mon fils A senti d'autant plus les orgueilleux mépris, Que lui-même a long-temps brigué cet hyménée Qui de l'heureux Melcour fonde la destinée. On doit haïr sans doute un rival , un vainqueur. Qui joint à ses succès l'insulte et la hauteur: Leur rencontre en ces lieux pourroit être funeste. Mais vous, qui vous amène? et quel espoir vous reste? Pourquoi venir chercher ce spectacle odieux?
MON VAL
Je veux de mon malheur m'assurer par mes yeux^ Voir l'affreux sacrifice et tout ce qu'il m'enlève. Vous le dirai-je enfin? je doute qu'il s'achève. On le prépare en vain ; je ne puis concevoir
100 MÉLANIE
Qu'on soit assez barbare, et qu'on puisse vouloir.. Que dis-je? Il est trop sûr que tout est sans remède A deux cceurs endurcis il faut donc que tout cède, Que tant d'amour s'exhale en regrets superflus!... Mais j'ai pris mon parti ; vous ne me verrez plus. J'y suis déterminé ; je l'ai dit à ma mère. J'abandonne vin pays à mes vœux si contraire; Le lieu de mon exil est au-delà des mers; Je vais servir mon roi dans un autre univers : Je cours m'y renfermer, et je renonce au notre. Ce n'est pas qu'en effet j'augure mieux de l'autre. Les humains sont par-tout à l'intérêt livrés, Et les cœurs vertueux sont par-tout déchirés: J'en ai douté long-temps; j'en ai l'expérience. Mais je fuirai du moins des lieux où tout m'<»ffense, Et je n'entendrai point les lamentables cris... Malheureux! quelle erreur! et qu'est-ce que je dis? Eh! je croirai par-tout voir la pompe funeste, Entendre prononcer le vœu que je déteste, Je trouverai par-tout ce parloir où mes yeux...
( en pleurant. ) Vous vous en souvenez... Ces lieux, ces mêmes lieux Pour la première fois l'ont offerte à ma vue. Là , je crus sur son front voir cette anie ingénue: J'entendis ces accents à mon cœur si nouveaux : Elle passoit ses mains à travers ces barreaux... C'est ici... c'est ici... La rage est dans mon ame. Je .ons mon désespoir s'accroître avec ma flamme. C'est de ce lieu fatal l'ioévitable effet : Pourquoi m'y menioz-vous? que vous avois-je fait?
ACrii II, SCKNE I. ICI
Mille DE FA UB I. AS.
Ciet! ai-je mérité ce reproche barbare?
Pouvez-vous oublier... ?
MON VA t.
Pardonnez, je m'égare, Pardonnez à ce cœur; il vous est bien connu ; Il ressent vos bontés. Combien il eût voulu... 1
Mine DE FAUBLAS.
Je n'ose me fier à votre impatience.
Écoutez. Nous avons encor quelque espérance.
MON VAL
Comment! que dites-vous? N'abusez point mon cœur. Ne vous trompez-vous pas? Parlez. Par quel bonheur.. Tous mes sens sont saisis et de crainte et de joie.
Mme DE FAUBLAS.
Il nous reste un secours que le ciel nous envoie.
Notre digne pasteur, ce mortel révère,
A servir l'infortune en tout temps préparé,
Est instruit en secret du chagrin qui m'accable;
Il prête à mes desseins son crédit secourable.
Il vient de voir ma fille; il a lu dans son cœur:
Comme moi de son père il blâme la rigueur.
Sa piété , son nom , et son saint ministère ,
Le poids de ses discours, sa vertu qu'on révère,
Sur mon époux peut-être auront quelque pouvoir.
Cependant...
MON VAL
Ah! du moins c'est un rayon d'espoir.
N'allez pas me l'ôter : souifrez que je lesp re; Que....
103 MtLAMi:
M»ne DE FAUBLAS.
L'on vient. Sur vous-même ayez donc pins d'empire. Songez... C'est le curé. Sans doute mon époux Va le joindre bientôt; allez, et laissez-nous.
Que faudra*t-il, hélas! qu'aujourd'hui je devienne? Je sors, mais permettez que du moinsje revienne.
Mme DE FAUBLAS.
Quand je le défendrois , ce seroit bien en vain, tloignez-vous.
MO.NVAL.
Allons attendre mon destin.
( // sort. )