ACTE II, SCÈNE IV. log
Craignez le ciel vengeur, craignez votre cœur même: Le remords vous attend. Soyez père et chrétien: Faites votre devoir; j'ai satisfait au mien.
M. DE FAUBLAS
Ce discours menaçant est au moins inutile;
Ne me reprochant rien, je dois être tranquille.
Monsieur. De ce couvent le sage directeur,
Qui conduit Mélanie, et connoît bien son cœur.
Approuve à son égard ma fermeté sévère.
Il veut que l'on combatte une erreur passagère,
Et non pas que l'on cède aux premiers mouvements
D'une jeunesse aveugle en tous ses sentiments.
Il a de sou état les mœurs et le langage.
Et ne les blâme pas pour avoir l'air d'un sage.
LE CURÉ
Je blâme les excès , je blâme les abus.
Il n'est que trop d'esprits lâches et corrompus ,
Qui vivent sans principe et pensent sans courage,
Sourds à la vérité, mais soumis à l'usage.
Et qui, dans un état lorsqu'ils sont engagés,
Au rang de leurs devoirs comptent ses préjugés.
Je suis loin d'adopter ce mérite stérile ;
Ma règle est d'être vrai , mon état d'être utile.
Quant au titre de sage en nos jours prodigué ,
Dénigré par la haine , et par l'orgueil brigué,
Celui qui le mérite honore la nature.
L'ignorance et l'envie en ont fait une injure,
L'hypocrite un forfait, l'honnête homme un devoir.
Je vois que mes discours sont sur vous sans pouvoir.
Et que du directeur l'avis et le suffiage,
lO
iio MLLANIL.
Flattant vos passions, ont sur moi l'avantage.
Les formes sont pour vous, je le sais: mais, monsieur,
Vous ne séduirez point le ciel ni votre cœur.
C'est assez : votre fille attend sa destinée;
Vous allez à jamais la rendre infortunée.
Vous dédaignez ses pleurs, vous la désespérez :
C'est un crime, monsieur, et vous en répondrez.
Pesez ces derniers mots.
M. DE FAUBI. AS.
Ces mots sont un outrage..-
LE CUBÉ.
Vous vous en direz plus, et je puis davantage.
Mélanie aujourd'hui n'a plus de père en vous :
Je dois l'être; il suffit; j'en réponds devant tous.
Je saurai mettre obstacle à vos projets sinistres;
Je cours de la justice implorer les ministres,
Et chez l'abbesse ici je proteste à l'instant
Contre le sacrifice où l'on force un enfant.
Je suivrai Mélanie au pied de l'autel même.
C'est là qu'au nom du ciel et d'un Dieu qui nous aime
Ma voix lui défendra des serments criminels.
Kous verrons si la vôtre, à l'aspect des autels,
Osera lui donner l'ordre d'un sacrilège,
Osera blasphémer le Dieu qui la protège.
M. DE FAUBLAS
Vous seul la protégez , et c'est bien vainement. Puisque vous ne gardez aucun ménagement. Suivez donc \p5 transports où le zèle vous livre, Combattez mes desseins; moi je vais les poursuivre.