ACTE II, SCÈNE IV
Que les liens du zélé et de la piété. Eh bien! qu'à cet exemple ou forme des asiles; Qu'on ouvre, si l'on veut, des demeures tranquilles Au mortel gémissant que le sort a frappé, Au repentir qui pleure, au vieillard détrompé : Mais loin de nous des vœux la chaîne dangereuse! Tombez, portes de fer, barrière injurieuse; Et que l'homme, épurant son hommage et son cœur. Par l'amour des vertus s'élève à son auteur.
M. DE FAUBLAS
Vous condamnez les vœux , je le vois, et peut-être Ce langage surprend dans la bouche d'un prêtre; Mais l'église du moins me défend contre vous.
LE CURÉ
L'église! je la prends pour arbitre entre nous.
Il est, je le confesse, et je dois y souscrire,
Des vœux qu'elle autorise, et qu'un pur zèle inspire.
Mais alors que du cloître on embrasse les lois,
Elle exige sur-tout qu'on soit libre en son choix.
Ce zélé qui du monde à jamais nous sépare
Est peut-être du ciel le présent le plus rare.
Il est quelques mortels qui , par un noble effort.
Voués à contempler l'avenir et la mort,
Dans les biens d'ici-bas ne voyant qu'un vain songe ,
D'un bonheur passager dédaignent le mensonge.
Et, plein? du sentiment de l'immortalité.
S'élancent vers le ciel et vers l'éternité.
D'autres, pour qui la vie étoit un long orage.
Las de se voir traînés de naufrage en naufrage ,
Viennent chercher enfin l'asile du repos ,
*o8 MÉLANIE.
L espoir d'une aulre vie, et l'oubli de leurs maux. Voilà les vrais élus, ceux que Dieu même appelle; Leur chaîne est consolante, et n'est jamais cruelle. Dieu voit avec plaisir, par un beau dévouement, Ces mortels généreux enchaînés librement, Prononçant aux autels des serments légitimes, Y paroître en héros, et non pas en victimes. Mais ce Dieu juste et bon peut-il voir sans horieur Des esclaves tremblants, entraînés au malheur, Offrir à ses autels , d'une voix accablée , Le sacrifice amer d'une ame désolée.
Baisser des yeux en pleurs sous un voile abhorré, En étouffant le cri d'uu cœur désespéré , Et contre les tyrans qui leur font violence Du ciel que l'on outrage appeler la vengeance? Pensez-vous que ce vœu soit toujours impuissant; Que ce Dieu débouté, l'appui de l'innocent, ÎS'e s'établisse pas juge et vengeur du crime Entre le père injuste et l'enfant qu'on opprime? Quoi! d'une foible enfant se rendre l'oppresseur! Lui commander des vœux qui lui sont en horreur. Que l'avarice attend , et que la crainte souille ! Offrir son ame à Dieu pour ravir sa dépouille! Faire entre deux enfants qu'on a reçus des cieux, De l'amour, de la haine, un partage odieux! Grand Dieu, que de l'orgueil cet horrible édifice S'écroule et disparoisse aux yeux de ta justice! C'est l'église, monsieur, qui parleroit ainsi : Vous osiez l'attester, et je l'atteste aussi. Craignez de mériter son terrible anathènie;