‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 76 sur 216 · ACTE II, SCÈNE VI. ii · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI. ii

Que ces vœux, si cruels qu'on exige de moi. Je vois trop qu'à vos yeux je suis une étrangère; Ce cœur qui m'est fermé ne s'ouvre qu'à mon frère. Qu'il rae soit préféré, je ne demande rien; Ma dépouille est à lui , donnez-lui tout mon bien ; Qu'il soit, puisqu'on le veut, l'espoir de sa famille: Mais pourquoi loin de vous exiler votre fille? Des droits de ma naissance à mon frère transmis, Qu'un seul me reste au moins, et qu'il me soit permis D'habiter près de vous le toit oîi je suis née. Pourquoi de mes parents serois-je abandonnée? Je n'ai jusques ici que trop vécu loin d'eux.. Hélas! de tous mes maux le principe odieux, C'est cet éloignement qui, depuis ma naissance, A vos yeux, à vos soins déroba mon enfance : Votre sang aujourd'hui ne peut plus vous toucher. Faut-il que de vos bras on ait pu m'arracher? Faut-il que cette absence et si longue et si dure Ait effacé les traits qu'imprime la nature? Que ma voix, que mes pleurs les rappellent en vous O mon père! mon père!... Eh quoi! ce nom si doux Pour moi seule à jamais doit-il être terrible? Au cri de ma douleur êtes-vous insensible?... J'embrasse vos genoux... ne m'en repoussez pas. Recevez-moi chez vous: daignez, daignez, hélas! Ne point y rebuter les soins de ma tendresse; Que ma mère avec vous les partage sans cesse; Et vos yeux à me voir pourront s'accoutumer. Vous pourrez me souffrir, et peut-être m'aimer; Oui , m'aimer... Est-ce donc un effort pour un père?

ti4 MÉLANIE.

M. DE FAUBLAS

Lever-vous. En tout temps vous m'avez été chère ,

Et les pleurs de ma fille ont des droits sur mon cœui

Ce cœur de vos devoirs sent toute U rigueur:

Sentez, au'ssi les miens; mettez-les en balance;

De mes en{>agement8 concevez l'importance.

Une famille illustre et qui s allie à moi

Se sera donc trompée en comptant sur ma foi î

Des destins de mon fils je ne suis plus l'arbitre:

Ma parole est donnée; et comment, à quel titre ,

Puis-je la retirer? Un changement si prompt

Et pour eux et pour moi n'est-il pas un affront?

La jeunesse à son gré peut se montrer volage;

Mais la légèreté ne sied pas à mon âge ;

Et lorsqu'à cet accord je me suis arrêté ,

J'ai dû me décider avec maturité.

Pour me justifier que pourrois-je leur dire?

Que sur vous la nature a pris un juste empire, Que ce cœur paternel a senti mes douleurs. Qu'il vous en coûteroit de causer me.s malheurs , Que vous avez pitié d'une fille expirante, Que je me meurs.

M. DE FAUBLAS

* Eh quoi ! lorsque heureuse et contente

Vous demandiez à vivre en ces paisibles lieux, Est-ce moi qui forçois votre choix et vos vœu.x?

MÉLAN lE.

Non; mais c'étoit à vous, à votre expérience, LVrlairer d'an enfant la facile imprudence,.

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