ACTE II, SCÈNE VI
Elle ne m'entend plus... Du secours... venez tous. ( // court pour tirer la sonnette du parloir. M. de Faublas se met au-devant de lui.)
Non : arrêtez, monsieur; il suffira de nous. Voulez-vous donc ici répandre l'épouvante?
MON VAL
Et qu'importe, grand Dieu! Mélanie est mourante; Et je cours...
Mme DE FAUBLAS.
Non, Monval; elle rouvre les yeux, Elle reprend ses sens. Ma fille!...
MÉLANIE
Où suis-je? ô cieux!
(fj//e aperçoit son père, et se jette avec effroi dans les
bras de sa mère. ) Que vois-je?
MONVAL, à M. de Faublas.
Regardez ces objets lamentables.
Regardez... Quoi! vos yeux, vos yeux impitoyables Soutiennent froidement cet horrible tableau! Vous étiez un tyran ; vous êtes un bourreau.
M. DE FAUBLAS
Sortez d'ici , monsieur ; la fureur vous égare. Vous me ferez raison...
MONVAL
Ah ! d'un pouvoir barbare Elle peut après tout braver les cruautés ; Elle peut s'affranchir.,.
I2t MÉLANIE.
M"»e DE FAUBLAS.
Cher Mouval, écouteit...
MONVAL
Rien ne me retient plus; mon sang bout dans mes veina
Va, tu peux te soustraire à des lois inhumaines,
O chère infortunée! écoute ton amant;
Ne crois rien que l'amour dans un pareil moment;
Crois que dans l'univers il n'est point de puissance
Qui jamais contre toi porte la violence
Jusques à t'arracher d'involontaires vœux :
Le courage suffit pouc nous sauver tous deux.
Approche sans trembler de l'autel qu'on prépare;
Et, loin de prononcer ce serment si barbare.
Que Dieu rejetteroit, que dément notre amour,
Atteste l'Éternel présent dans ce séjour;
Prends-le, dis-je, à témoin contre la tyrannie;
Et, si j'ai quelque droit sur ton cœur, sur ta vie ,
Ajoute que nos cœurs l'un vers l'autre entraînés
Sont par des nœuds de flamme à jamais enchaînés;
Qu'on impose à ton ame un effort impossible.
Tout ce (jui sut aimer, tout ce qui fut sensible
Doit en notre faveur s'émouvoir à-la-fois :
Moi, pour te seconder, j'élèverai ma voix;
Je volerai vers toi sans craindre aucun obstacle.
Tes larmes, nos malheurs, et ce touchant spectacle,
Nos cris et nos transports, la sainteté du lieu,
Et ce nom si sacré dans le temple d'un Dieu,
L'humanité; voila ce qui doit nous défendre.
Père injuste, voilà ce que j'ose entreprendre.
Croyez que de ces lieux rien ne peut m'arracher: