ACTE I, SCÈNE I. i
PYRRHUS
Ainsi . l'on risque même à s'offrir devant lui?
ULYSSE
Oui , si l'art ne vous sert et de guide et d'appui.
PYRRHUS
Trahir la vérité ! le peut-on sans bassesse?
On le doit, s'il s'agit du salut de la Grèce.
PYRRHUS
Me résoudre à tromper! moi , seigneur! j'en rougis.
' ^ ULYSSE
Eh! comment rougit-on de servir son pays?
PYRRHUS
Quoi! pour servir les Grecs n'est-il point d'autre voie?
ULYSSE
A Philoctéte enfin les dieu.v ont promis Troie.
PYRRHUS
Ainsi l'on m'abusoit lorsqu'on a prétendu Qu'à mes destins, à moi , ce triompbe étoit dû; Et mon cœur que flatta son erreur et la vôtre S'enivroit d'un honneur réservé pour un autre.
ULYSSE
La gloire entre tous deux est commune aujourd'hui; Il ne peut rien sans vous, ni Pyrrhus rien sans lui.
PYRRHUS
Eh bien ! des immortels il faut remplir l'oracle;
A leurs profonds desseins qui pourroit mettre obstacle?
Je dois venger un père, et soutenir son nom :
Cet honneur n'appartient qu'au vainqueur d'ilicn.
tiS PHILOCTÈTE.
J'ai, pour le mériter, fait plus d'un sacrifice... A Philoctéte au moinsje puis sans artifice Me plaindre des affronts dont je fus indigné; Je tairai seulement que j'ai tout pardonné. Puisqu'il le faut enfin, je consens qu'il ignore Qu'offtînsé par les Grecs Pyrrhus les sert encore. Il en coûte à mon cœur, et je cède à regret.
ULYSSE
Accomplissez des dieux l'immuable décret. Le prix delà sagesse et celui du courage. De qui leur est soumis est le double apanage.
PYRRHUS
Je bannis tout scrupule... On le veut... j'obéis.
ULYSSE
Mes conseils dans ce cœur sont-ils bien affermis? Puis-je compter sur vous ?
PYRRHUS
Ma parole est un gage Qui doit vous rassurer.
V LYSSE.
Je retourne au rivage.
Demeurez : attendez Philoctéte en ces lieux. Je vous laisse un moment; et que puissent les dieux, Mercure protecteur. Minerve tutélaire, De nos soins partagés assurer le salaire! Adieu.