‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 98 sur 216 · ACTE I, SCENE IV. i5i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV. i5i

philoctéte.

O ciel !

Après un si long temps d'un exil si cruel, O que cette parole à mon oreille est chère! Quel dessein, ou pour moi quel vent assez prospère, A guidé vos vaisseaux, et vous mène en ces lieux? Parlez, et contentez mes désirs curieux.

On me nomme Pyrrhus; je suis le fils d'Achille; Je suis né dans Scyros, et retourne en cette île. Vous savez tout.

PHILOCTÉTE.

o fils d'un mortel renommé.

D'un héros que jadis mon cœur a tant aimé! O du vieux Lycoméde et l'élève et la joie! De quels bords venez-vous?

PYRRHUS

Des rivages de Troie.

PHILOCTETE.

Comment! vous n'étiez point au nombre des guerriers Qui contre ses remparts marchèrent les premiers?

PYRRHUS

Vous-même en étiez- vous?

PHILOCTÉTE.

Vous ignorez peut-être Quel mortel devant vous le destin fait paroître.

PYRRHUS

{à port.) {haut.)

Il faut dissimuler. D'où puis-je le savoir? Pour la première fois nous venons de nous voir

i5î PHILOCTÈTE.

philoctéte.

Quoi ! mon nom, mes revers, ma funeste aventure ,

Je n'en ai rien appris.

PHILOCTÈTE

O comble de l'injure!

Eh bien ! suîs-je en effet assez infortuné, Des dieux et des mortels assez abandonné? La Grèce de mes maux n'est pas même informée. On en étouffe ainsi jusqu'à la renommée; Et quand le mal affreux dont je suis consumé Devient plus dévorant et plus envenimé, Mes lâches oppresseurs, dans leur secrète joie. Insultent aux tourments dont ils m'ont fait la proie. O mon fils ! vous voyez délaissé dans Lemnos Ce guerrier autrefois compagnon d'un héros, Inutile héritier des traits du grand Alcide, Philoctéte, en un mot, que l'un et l'autre Atride, Excités par Ulysse à cette lâcheté, Et seul et sans secours dans cette île ont jeté. Blessé par un serpent de qui la dent impure M'infecta des poisons d'une horrible morsure. Les cruels!... De Chrysa, vers les bords phrygiens, La victoire appeloit leurs vaisseaux et les miens. Nous touchons à Lemnos : fatigué du voyage. Le sommeil me surprend sous un antre sauvage. On saisit cet instant, on m'abandonne, on part; On part en me laissant, par un reste d'égard, Quelques vases grossiers, quelque vile pâture. Des voiles déchirés pour sécher ma blessure ^

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