SCÈNE III
THALER, en habit de cour par-dessus son habit de paysan;
STRABON
STRABON
C'est Thaler. Justes dieux ! quelle magnificence !
THALER, vers la porte d'où il sort, à des domestiques qui éclatent de rire.
Oh ! dame, voyez- vous, tout franc, je n'aime pas Qu'on se rie à mon nez et qu'on suive mes pas ; Si quelqu'un vient encor se gausser davantage. Je lui sangle d'abord mon poing par le visage.
STRABON
D'où te vient, mon enfant, l'humeur où te voilà ?
THALER, à Strabon.
Morgue ! je ne sais pas quelle graine c'est là. Ils sont un régiment de diverses figures. Jaune, gris, vert, enfin de toutes les peintures, Qui sont tous après moi comme des possédés.
Allant vers la porte.
Palsangué, le premier...
STRABON
C'est qu'ils sont enchantés De voir im gentilhomme avec si bonne mine, Un port si gracieux, une taille si fine. 6a
170 DÉMOCRITE
THALER, revenant à Strabon.
Me voilà.
STRABON
Je te vois.
THALER
Je n'ai pas méchant air, N'est-ce pas ?
STRABON
Je me donne au grand diable d'enfer ■ Ijr Si seigneur à la cour, dans ses airs de conquête, ■ ,
Est mieux paré que toi des pieds jusqu'à la tête. "•'
THALER
Je suis, sans vanité, bien tourné quand je veux. Et j'ai, quand il me plaît, tout autant d'esprit qu'eu: Oui fait le bel oiseau ? c'est, dit-on, le plumage. Notre fille est, de même, en fort bon équipage. Allons, faut dire vrai, je suis content du roi ; Morguenne, il en agit rondement avec moi. Ils m'ont bien fait dîner : c'est un plaisir extrême D'avoir grand appétit et l'estomac de même ; Lorsque l'on peut tous deux les contenter, s'entend. J'ai mangé comme quatre et j'ai trinqué d'autant.
STRABON
Tu te trouves donc bien en cette hôtellerie ?
THALER
J'y serais volontiers tout le temps de ma vie. L'état où je me vois me fait émerveiller ; M'est avis que je rêve, et crains de m'éveiller.
STRABON
^Malgré tes beaux habits, ton air gauche et sauvage Tient encore, à mes yeux, quelque peu du village.