ACTE II — SCÈNE IV
DÉMOCRITE
Cet usage, à mon gré, n'est ni prudent ni sage. Les hommes, qui souvent font tout mal à propos, Et qui devraient cacher leur faible et leurs défauts, Sont toujours les premiers à montrer leurs bêtises. Pour faire à tout moment et dire des sottises, A quoi bon, s'il vous plaît, payer tant de témoins ? Messieurs, laissez-moi seul, et trêve de vos soins.
Au maître-d'hôtel.
Et VOUS, que vous plaît -il ?
LE MAÎTRE-D'HÔTEL, à Démocrite.
Le prince à vous m'envoie, Et pour maître-d'hôtel ilVeut que je m'emploie.
STR.\BON, à part.
Bon ! voici le meilleur.
DÉMOCRITE
C'est, entre vous et moi.
Auprès d'un philosophe un fort chétif emploi,
LE MAÎTRE-d'hÔTEL.
J'espère avec honneur remplir mon ministère. Et vous n'aurez, je crois, nul reproche à me faire.
DÉMOCRITE
J'en suis persuadé de reste.
L'INTENDANT, à Démocrite.
Ce n'est point Parce que l'amitié l'un à l'autre nous joint ; Mais je réponds de lui : c'est un très honnête homme. Fidèle, incorruptible, équitable, économe. Bas, à Démocrite.
Ne nous y fiez pas, je vous en avertis.
174 DÉMOCRITE
LE MAÎTRE-D'HÔTEL, à l'intendant.
Quand je ne serais pas au rang de vos amis, Je publierais partout que l'on ne trouve guères D'homme plus entendu que vous dans les affaires ; Plus désintéressé, plus actif, plus adroit.
Bas, à Démocrite.
Prenez-y garde au moins, car il ne va pas droit.
L'INTENDANT, au maître-d'hôtel.
Monsieur, en vérité, vous êtes trop honnête. On sait votre bon goût pour conduire une fête ; • Nul n'entend mieux que vous à donner un repas. En aussi peu de temps, sans bruit, sans embarras.
Bas, à Démocrite.
C'est un homme qui n'a l'âme, ni la main nette, Et qui gagne moitié sur tout ce qu'il achète.
LE MAÎTRE-D'HÔTEL, à l'intendant.
Tout le monde connaît votre esprit éclairé A gagner le procès le plus désespéré, A nettoyer un bien, à liquider des dettes Que dans une maison un long désordre a faites.
Bas, à Démocrite.
C'est un homme sans foi, qui prend de toute main, Et ne fait pas un bail qu'il n'ait un pot -de-vin.
DÉMOCRITE
Messieurs, je suis ravi qu'en vous rendant service,
Tous deux, en même temps, vous vous rendiez justice.
Allez, continuez, aimez- vous bien toujours.
Et servez- vous ainsi le reste de vos jours :
Cette rare amitié, cette candeur sublime
Me fait naître pour vous encore plus d'estime.
Adieu.